26.10.2008

Carnets de doute. Septembre 2007

Durant la période septembre-décembre 2007, pris dans l'écriture d'un recueil de nouvelles, pris dans quelques tourmentes plus ou moins difficiles, j'avais décidé d'écrire mes impressions, mes réflexions du moment, jour après jour, avec le plus de sincérité possible. Une sorte de carnet de route en fait. Je ne sais pourquoi, mais j'avais envie de garder une trace de mes réflexions d'alors, bouillonnement plus ou moins contrôlés d'idées, d'impressions. Je le restitue ici, peut-être que ces réflexions profiteront à quelques lecteurs comme ils me profitent. Carnets de doute. 09-10-11/2007 Je me demande qui je serais, quand je serais passé de l'autre coté de la barrière. Me serais-je vidé de mon sang, de ma foi, de mon génie. Mes mots viennent de mon éternelle insatisfaction, de mon éternel inconfort mental. Ma rage vient de mon éternelle course à rattraper le temps perdu, le temps blessé par les fuites de ma tête, par les coups. Je n'ai pas souffert, par rapport à beaucoup. Ma souffrance est incommensurable, par rapport à beaucoup. Quand je serais de l'autre coté, je capitaliserais, jusqu'à la dernière goutte, jusqu'à la fin de ma vie sans doute, cette souffrance. Je vivrais dans cette sorte d'inertie d'un élan géant que ne ferais plus désormais, adoucit par la facilité et les satisfactions de ma nouvelle vie. Je vivrais dans l'inertie d'un élan géant provoqué par ma rage d'échapper à cette souffrance alors comment pourrais-je y retourner? Immobile, sauvé, je serais de nouveau un homme normal, donc ordinaire, et mon art sera ordinaire. il me faudra puiser dans mes souvenirs enfouis, explorer d'autres voies. Il me faudra creuser la carrière de ma souffrance, mines de diamants, d'or émotionnel, et le rentabiliser. Il me faudra creuser des galeries dans mon corps, dans tête. Epuiser le filon, et refaire sans cesse le même livre. A partir de vide, de souvenirs de souvenirs. Je suis condamné. Mon seul recours, celui que j'aurais gagné, sera le récipient, cette sorte de moule à matérieau dont la forme, façonné par mes années de souffrance, aura la forme caractéristique de mon talent. On appelera ça mon talent. j'y mettrais mes sentiments, mes sensations de voyage, des mots, des bouts d'articles que j'aurais pioché au hasard de halls d'aéroport. Il en sortira des textes formaté dans ce moule. Des textes sans sang, sans sentiments. Mais de beaux textes, à la légèreté minérale, qui satisferont mon éditeur et un peu moins, à chaque livre, mes lecteurs. Mais comment pourrait-il en être autrement? Je n'écris pas des essais. Je taillade mes roches intérieures. Je me détruis. J'exploite une mine. ****** Je me trompe peut-être de combat. Je me trompe peut-être de camp, de force. Peut-être que je me trompe tout court. Je n'ai plus l'envie de me plaindre et d'écrire des litanies sur ma vie. Plus d'intérêt. Tout se répète, et il n'y a même pas l'intensité en plus, bien au contraire. Pouvoir anesthésiant de la répétition. Paradoxe lancinant: Construire mon existence entre folie prospective et vie prospectus. J'ai décidé de me servir de la première pour construire la seconde. C'est la roulette russe de cette vie. Comme Hadi, je rêve de prendre des trains qui mène en Orient. Comme un harrag, je rêve de Tarifa. Etre de l'autre coté du miroir et regarder Tanger fumer un joint. J'écris beaucoup en ce moment. Toute la journée. Je ne sors plus. J'éteins la télé. J'éteins mes yeux. J'éteins ma tête. Je rêve beaucoup. Sur ce rêve de paille, j'ai bâti le bâtiment de ma vie. Sur l'interprétation que je me suis faite du bruit des vagues, j'ai bâti l'axiome qui fonde mon existence. J'ai souvent misé sur des causes perdues. Et j'ai souvent perdu. Pas que je ne sache pas comment m'en sortir dans la vie. Mais pas de cette manière. Paris. 19 septembre 2007. ******** Je suis en pleine nouvelle "L'otage". J'ai l'impression que ça sera plus facile que pour Droit d'auteur. Pourtant, le texte sera plus long. Danger: Plus je l'écris, plus le gout de nouveauté qui s'en dégageait s'affadit. Il faut que je me méfie. Ne pas faire un texte dont le goût fort et rafraichissant ne durera que le temps d'une seule lecture, pour en découvrir toute la médiocrité une fois l'effet de surprise passé. Je ne voulais pas trop creuser, mais il le faut. Je reste parfois troublé par l'immensité de la tâche. j'ai eu un moment de désespoir après avoir quasiment terminé Droit d'auteur. Peu de liant. On dirait de gros blocs de granit qui ne s'accomode pas si naturellement que ça, qui font une sorte de fissure, d'espace grossier entre eux. Je sais qu'il faut que je ne lise plus ce texte pendant une semaine ou deux. Et puis j'essaierai de mettre du ciment entre les joints, avec mon regard neuf. Presque une semaine de ramadan. Je ne le trouve pas trop difficile curieusement. Je prie chaque jour Dieu de guider ma famille, mes frères et soeurs, et moi-même dans le droit chemin. Retrouvailles. Dieu. Le diable. Ma folie. Beaucoup de très mauvais souvenirs. Par moment, j'ai envie de reprendre des médicaments pour atténuer la terreur que me procure certaines de mes pensées. J'ai envie de lâcher le contrôle, pour oublier cette lancinante douleur morale, l'inconfort mental qui fait ma vie depuis 7 ans maintenant. Au fond, ma foi en Dieu est en moi depuis toujours, je le sais, parce que dans mes moments de "normalité", il emplissait tous l'espace. Il ravivait en moi ma soif d'absolu. Dieu. C'est tout ce qui me fait pleurer à cette heure. On prendra cela pour de la servilité, un comportement de curé, de drogué à l'opium. Mais j'ai suffisament vécu pour savoir que la vraie foi est une chose supérieure à la raison, et pas le contraire. J'ai découvert, dans le chaos indescriptible qui a régit ma tête, cet acte fondateur de ma lucidité, que la foi pouvait aussi bien se baser sur l'ignorance, que tout à la fois être au-dessus de toute raison, quand bien même on en aurait pleine et entière conscience. Théorie de la relativité ou pas. On peut la dépasser et croire en Dieu. Et puis je n'ai pas besoin de me justifier. Je fais confiance en mon destin, et Dieu sait que je n'ai pas confiance en grand chose. ******** Je suis resté trois jours au lit, malade, et je n'ai pu avancer mes textes. Mal pour un bien sûrement. M'en décoller, c'est autant de recul de gagné. Rendez vous demain au Assedics. ******** J'ai toujours admiré les auteurs américains qui, eux seuls je pense, possèdent la vraie proximité d'avec la folie. Une folie dans ce qu'elle a d'inexpliquée, donc de naturelle. Une folie désacralisée. Une folie "normale" qui veut qu'elle n'est qu'un simple dysfonctionnement mécanique. Ici, on glorifie la folie. Elle fait peur et fascine à la fois. On la croie matrice de tant d'oeuvres, de tant de beauté. Quand j'étais petit, je demandais à Dieu de me donner les mêmes délires que Dali, dont les tableaux me fascinaient. Je me forçais, avant de dormir, à penser à des choses grotesques, des choses horribles, des choses délirantes. Car pour moi, être artiste, c'était être un enfanteur de monstres. C'était être torturé de pensées sombres et colorées à la fois. C'était faire du monde une matière molle, flasque, criarde de toutes ses couleurs, où toutes les lignes perspectives mélangeaient leurs courbures. Etre artiste pour moi, c'était déstructurer le monde en pensée, et de se repaitre du spectacle. Quand j'ai eu ces cauchemars, bien plus tard, beaucoup plus tard, j'ai su que ce n'était pas d'être artiste, mais être fou, tout simplement. Mon statut était alors de diviser ce qui pouvaient réléver de la folie et du génie, tout en sachant que la limite était trouble. Poncif éculé bien sûr. Mais on se relève de cet exercice que difficilement. Et le maitre mot, est recul. Recul, veut dire retrouver son cerveau normal, qui pense comme les autres et qui regarde l'absurdité avec un oeil critique et neuf. C'est dur de trouver cet oeil. Je crois même qu'on ne retrouve jamais ce regard vierge, celui du "bon sens universel". * L'écriture agit comme un tamis sur notre âme. Nos sentiments les plus légers tombe. L'enrobage, qui fait de vous un homme social, passe à travers ce tamis, et ne reste en fait que des cailloux, ces conglomérats trop gros pour passer entre les mailles, et qui forment notre personnalité souterraine. L'écriture révèle l'Homme profond. Ce n'est pas forcément nous, et parfois même, ce n'est pas du tout "nous", au quotidien. Parfois, l'écriture agit comme une sorte de transe, une résurgence de notre inconscient qui écrit à notre place. L'écriture est dramatisation, dans le sens premier du terme. L'écrire, c'est mettre un ordre à nos sentiments les plus profond, les plus contradictoires. L'écriture est donc le reflet détourné de notre moi. C'est une imposture parce que les mots sont de toute façon des masques à usage unique, à usage publique. Jaune ne veut pas forcément dire la même chose pour deux personnes, et les nuances sidérantes qui peuvent parfois se faire jour pour chaque personne, qui ne comprendront pas le même mot de la même manière, a quelque chose de désespérant. Ecrire est dramatisation également parce que c'est une mise en scène. Mise en scène de la réalité, de la vérité ou du mensonge. Quand on écrit, on met un ordre: cadre, lumière, musique, sentiments: tout est réglé, et que ce soit voulu ou pas, la lumière choisie qui éclaire la scène, la met en valeur. Toute subjectivité, cette lumière qui éclaire le champs de notre action, est "mise en valeur". L'écriture est donc une tromperie. Même mise au service du bien. * Ma façon d'aimer me fait peur. Il faut la changer. Je m'éloigne du monde pour ça. Et aussi pour leur manquer. Je communique à ma manière une pseudo détresse que je met en scène par mon silence. Ce n'est pas flateur, mais je pense qu'au fond, je crois avoir une valeur, autant pour les autres que pour moi, qu'absent. Et c'est en cela que je suis toujours dans la séduction, dans la manipulation. Si je pouvais "séduire" en étant présent, sans doute le ferais-je sans retenue, comme j'use de mon droit, sans retenue non plus, d'être absent. Je suis un jouisseur manipulateur comme un autre. Je rajouterais égocentrique, mais ça, c'est un trait commun à tous les Hommes. Je demande aux gens de m'aimer, mais les aimes-je? Je demande aux gens de me donner, mais je ne donne pas. je suis dans la demande, sans pourtant donner. Oui, ma manière d'aimer les personnes me fait peur. * Il y a des tournures de phrases qui dynamise l'action, la naration. Des silences qui font "bien". Pourtant, ces effets de style ont un défaut: ils sont visible. Des effets à la Bernard Werber, des effets de suspens. Mon but, c'est de les faire disparaitre. Quand c'est visible, ça dénature le récit. Je refuse de produire des choses qui ferait bien, mais qui ont déjà été vues. Le recit ne doit pas vivre de par lui-même, de par sa beauté ou de son style. Il ne doit être que le récipient d'une chose très difficile à rendre: ce que j'appelle "la réalité rêvée". Le récit doit être transparent, de sorte que seule l'action est visible, sans qu'il y ait en filigrane les cordes des coulisses, les ressorts. Cet infime espace entre le tronc brut de la branche de l'arbre, et la patte charnue de la colombe prenant son envol. C'est dans cet espace que réside le caractère vivant d'un récit. Un peu plus bas ou plus haiut, le récit est figé, ou trop aérien. Le rythme ne doit venir que de l'action décrite, et non du style. Lorsque l'action est "aidée", elle est anihilée. 20 septembre 2007 ******** Je retombe encore dans ces phases de "desespoir". J'appelle ici désespoir l'impression que quoique je fasse, mon récit sera toujours trop artificiel pour être vivant. J'ai relu Droit d'auteur. Il y a des passages brillants. Et d'autres qui me pousse à m'interroger. Me paraissent-ils trop vains parce que j'ai relu ces passages plus de cent fois, ou le sont-ils par essence? J'ai un problème avec le recul. J'aimerais m'extirper de ce corps pour voir ce que je ressens de ce texte, mais en même temps, la peur que cette montagne d'effort et de préciosité choisie, me paraisse, au final, qu'un récit médiocre comme un autre, me paralyse. J'ai recopié tous les élements de brouillons d'Otage. Plus de 15 pages. Je sais qu'une fois fini, il en fera plus d'une trentaine. Otage est bonne idée. Mais j'ai toujours peur de détruire cette idée, en creusant, donc en affinant, et donc, en jouant la crédibilité de cette nouvelle sur des détails qui auront toute leur importance mais dont je n'ai pas le temps de les étudier... J'aurais surement pas du lire Rilke. J'ai l'impression d'avoir récupéré son sérieux emphatique... Mais la phase s'y prette. 23 septembre 2007. ******** Mais est-ce que je vaut mieux que ça? Je suis comme tous le monde. Je ne supporte pas de ne pas m'acheter ce que je veux, de consommer ce que je veux, de voyager où je veux. Je veux être riche. Je veux avoir beaucoup d'argent. Depuis mon enfance, je l'ai toujours voulu. Je peux bien ricaner contre les potes qui veulent le dernier BM, et ont fait des choses pas très claires pour cela, mais sous couvert d'une intelectuosité plus poussée, d'une sagesse religieuse qui m'ancre dans le "bien", je veux toujours la même chose qu'eux. Je veux être riche. Non pas pour flamber, mais pour avoir le choix de le faire ou pas. Mais pour moi, être riche, c'est avoir le choix de vivre de manière extravagante, pompeuse, riche. Ou de manière modeste. C'est avoir le choix entre rouler en Mercedes Classe E, en Audi A4 décapotable. Ou en car. C'est avoir le choix entre multiplier les conquètes, porter des vêtements extravagants. Ou de vivre normalement sa vie. Etre riche pour moi, c'est avoir le choix. Avoir le choix, c'est ce que j'appelle la liberté. Je suis sans doute trop aguerri pour tomber dans le panneaux qui fait que plus vous achetez, plus vous montrez, plus vous êtes reconnus. J'adore cette phrase de Ali, des Lunatic: "Mes frères et moi avançons pour le pognon. je m'en bat les couilles si je plais aux putes, je suis pas là pour être mignon." Est-ce une sagesse? Je veux être riche pour être libre, parce que dans notre monde actuel, être riche est la clé de la prison dans laquelle on nous a tous enfermé. Dans notre monde, être riche, c'est être libre. Quand tu es pauvre, tu n'a pas le choix d'être pauvre ou pas. Tu n'as pas le choix. La pauvreté, c'est la nécessité. La pauvreté, c'est je dois. Un sens unique interminable, et des sens interdits partout, de tous les cotés où tu te tourne. Etre pauvre, c'est regarder toujours en haut ceux qui te nargue, inaccessible. 23 septembre 2007. ******** A l'heure d'aujourd'hui, je n'ai pas de quoi payer pour être enterré. Je me demande où vont être enterré mes os. Car je me rend compte que si je suis responsable de ce corps, que j'entretiens en lui donnant à manger, à boire, du plaisir, en le nettoyant, etc. je suis également responsable des os. Où vais-je les mettre? Je ne cesserait donc jamais d'exister sur cette planète, même mort? Mes os sont donc une sorte de bien immobilier. Même si je n'en aurais pas conscience à ce moment là, mes os seront encore un poids pour ma (j'en doute de plus en plus) futur descendance. Mes futurs os (je ne parle pas de ma chair, qui sera un bien périssable et qui, sur le long terme, n'a pas de viabilité) seront toujours quelque part sur cette terre: que ce soit dans un cimetière, une fosse commune ou pour décorer de quelconques catacombes. Mes os seront les seuls héritages que je laissaierais à la terre. C'est rassurant de penser que l'on sera encore là, même de l'autre coté. Ma fortune sera partagé. Le souvenirs que je laisserais périront dans les crânes décomposées de ceux qui les portent. Mais mes os. Preuve ultime que j'aurais existé, si on les brûle pas bien sûr. La mort ne me fait pas peur. Elle me gêne juste dans mes projet, c'est tout. Si je devais mourir demain, ça me gênerait c'est vrai, parce que j'ai plein de projets. Regretterais-je quelque chose? Mes parents? Une femme? Une action? Non, en fait, pas grand chose. Je prouve chaque jour à ma mère que je l'aime. Lorsque j'ai eu l'occasion de faire le bien, je l'ai fais. Et aujourd'hui, j'ai un sens des priorités assez développé. Mes amis? J'en ai eu, mais après la mort, on a que ses os et ses actions passées. Il y a un proverbe qui dit: la qualité du souvenir qu'on laisse est le fruit d'une vie. Et c'est vrai. On est pas plus volatile qu'un souvenir, d'une chose en somme qui ne nous appartient même pas, puisque le souvenir est le résultat d'un mécanisme mental d'un autre. On existe pas pour nous-même, et c'est dur de l'admettre... 24 septembre 2007. ********* Les paroles, c'est joli. Je t'aime. tu me manque. Je serais toujours là pour toi. Je t'aimerais toute ma vie. Tu es vraiment quelqu'un de séduisant, quelqu'un de bien. Je tiens à toi, vraiment. Dans ma vie, j'ai dit des paroles que je pensais sincèrement, et qui sont caduques aujourd'hui. Il y a des phrases que l'on devrait interdire de prononcer, parce qu'il y a encore des personnes qui leur donne un crédit: Je serais toujours là pour toi, par exemple. Je l'ai dit. On me l'a dit. Et aujourd'hui, cette personne, je m'en fous. Et vice et versa. J'ai fais des textes, des sms, des mails enflammés pour dire autrement je t'aime à la personne que j'aimais à ce moment là. Aujourd'hui, je les regrette. Non pas parce que c'était faux, mais parce que c'était temporel. Je ne donne plus de crédit aux paroles. Mais aux actes. ******** Vivre l'instant présent. Je déteste cette expression. Vivre l'instant est un égoïsme. c'est une trahison du passé, et un déni du futur. Vivre le présent pleinement, c'est faire une purge permanente, c'est élever le plaisir immédiat, au rang de valeur. C'est donner à une vie un goût d'éphemère. Vivre l'instant présent, c'est lécher la vie, ce n'est pas la croquer à pleine dent. je ne vivrais l'instant présent que lorsque j'aurais établi des bases assez solides pour le faire. Il faut se donner les moyens de vivre le présent. Ou on le prépare, ou on vit dans le souvenir et le ressassement. Vivre l'instant présent, c'est perdre le fil des noeux que l'on a noué, et s'en défaire en en faisant d'autres, parce que l'envie nous y prend à l'instant précis. S'il y a une chose à laquelle je suis d'accord, c'est que le présent est la colonne vertébrale de notre destin. Il y avait cette fable, ou un homme demandait à un sage quel était le moment le plus important de la vie: l'enfance? l'age adulte? la maturité? le passé? le présent? le futur? Il a répondu que le moment le plus important d'une vie, c'est ce que l'on fait aujourd'hui même, car c'est à ce moment même, où moi j'écris ceci, à l'instant même où vous lisez cela, que l'on agis sur sa vie. Il n'y a que dans le présent que l'on peut changer sa vie, que l'on peut influer sur sa vie. On prend l'habitude de vivre par habitude, en espérant du futur ou du passé. Et alors, nous voilà jeté dans l'impasse. Le présent est trompeur, car c'est une fine couche de sable jeté sur nous. Et puis vient un temps où l'on est enterré sous 10 mètres, sans possibilité de bouger. Bloqué. Etouffé. par notre. Vie. Il faut savoir dépoussierer son présent. A l'instant où on le vit. 25 septembre 2007. ******** Mes yeux fatiguent. C'est bien d'être artiste. Je fais mes propre textes bercés par mes propres musiques. Quelque fois, des tubes connus de moi seuls, avec refrains et tout, traversent ma tête le temps d'une semaine, puis, comme la courbe de ventes d'un produit, commence à décliner. Pour être remplacé par un autre tube. Je crois que je suis musicien avant d'être écrivain. Pas musicien comme maitre du solfège ou quoique ce soit. Non. Juste imprimer des rythmes, des mélodies. savoir les assembler, régler le Bpm, les sonorités, varié les notes, mettre des voix, trouver des refrains entraînants. J'aime beaucoup Martin Solveig, moi qui n'a pas d'affinités particulière avec la musique de club. Mais j'aime bien son sens du refrain, ces choses qui vous rendent heureux. Il y a beaucoup de réminiscences de l'esprit funk dans ses musiques. Beaucoup plus complexe et personnel, Dj Mehdi est quelqu'un dont j'apprécie le travail, et ce depuis 1997, où j'ai découvert ses production sur le premier album des Différent Teep. La musique de "Echecs" est à couper le souffle. C'est l'artiste avec lequel je me sens le plus d'affinité. Il a la même mélancolie, mais aussi la même verve. Et surtout, il a crée un style reconnaissable entre mille: On reconnait le style Dj Mehdi, comme on reconnait le style Pete Rock, Premier, Dre, Timbaland ou des Neptunes. On dit que la marche du hip hop est comme une onde de choc qui proviendrait de New York et qui se propagerait partout dans le monde comme une vague. Je trouve la vérité vraie. Il y a les créateurs: à New York, en Californie, les pionniers des nouvelles formes de sons, de musique. Et puis il y a ceux qui suivent la tendance, à Paris, Berlin, Tokyo ou autre. La matrice du Hip hop, c'était New York. Comme les financiers de Dow Jones, des artistes créent, et donne le ton à toute la couleurs musicale mondiale. Je trouve cela fascinant d'être ainsi à la pointe des choses et de n'en ressentir aucun poid. La force de l'Amérique, c'est d'être totalement libéré de son propre poid sur les choses. D'assumer son rôle de premier sans complexe, de faire confiance à sa propre créativité... La réussite artistique américain tient à mon sens en deux points: Un marché de plusieurs centaines de millions de personnes. Un bide la-bas, c'est 100.000 exemplaires. mais le mec a déjà ramassé près d'un million de dollars, ce qui lui permet de mettre à gauche et se consacrer à son art. Il y a donc plus de possibilité que de médiocres musiciens, qui auraient pu retourner à leur anonymat après leur échec, continue leur route et deviennent de très bons musiciens. En cela, il y a une maximisation des potentiels. Et des génies qui auraient abandonnés la musique après l'échec de leur premier ou deuxième album, peuvent continuer, en relative "auto alimentation", pour exploser plus tard. La deuxièmes chose, c'est la démocratie. Je pense que les Etats Unis sont l'un des seuls pays à être démocratique en ayant plus de 300 millions d'habitants. Une oreille avec 300 millions de cils, de yeux pour lire ce que chacun est libre d'écrire. C'est une situation quasi unique au monde. C'est également ce qui a permis le développement artistique et économique de ce pays. Quand un américain a une idée, il a devant lui un potentiel de développement énorme, plusieurs niches de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Démographie et art sont ils liés? Avec ses 60 millions d'habitants, la France est un marché relativement étroit à coté. Une superproduction à l'américaine, une série à budget n'est pas viable en France, si elle ne s'exporte pas à l'international. Et il ne peut y avoir de marché unique de l'art (j'entend par "art", littérature, musique locale, etc) en Europe, c'est à dire 300 millions d'européens qui se reconnaitraient dans une musique, dans un livre, à cause de la diversité des langues, des cultures. Les artistes américains sont les seuls à avoir vraiment les moyens de se structurer assez pour aller à l'international. 25 septembre 2007. ********** Entre la justice et sa mère, il avait choisi sa mère. Camus a préféré l'Algérie française à l'injustice de la colonisation. C'était un choix. Je l'avais lu, dans un magasine de psychologie qui démontrait que l'on ne pouvait vivre dans un monde sans mensonge. Que c'était normal de faire des choix qui nous arrangent, au détriment de la "justice". Que l'on ne pouvait vivre sans cette marge, sans quoi la société serait totalement invivable. Pour ma part, je pense que l'on peut vivre dans la sincérité. Il faudrait des cvs où des postulants écriraient enfin: "Oui, je veux ce poste car je veux gagner beaucoup d'argent, dans une société dont le nom prestigieux pourrait assurer à ma vie sexuelle une pérennité et une diversité inédite", ou "Vous comprenez bien que vue ma situation actuelle, et malgré mes réticences, je n'ai pas d'autres choix que de postuler à ce poste qui ne me convient pas tellement" etc. Au lieu de quoi on a des "Je veux mettre mes compétences au service de votre société dont le dynamisme et les qualités d'innovations sont reconnus parmi les acteurs de la place". On se croirait au Bois de Boulogne. Cette hypocrisie est acceptée. Elle est souhaitée. Il y a des livres qui reproduisent des modèles de lettres hyprocrites, et qui donnent des cours pour. Je sais que je suis capable de dire à une femme: J'aimerais vous faire l'amour juste cette nuit, passer du bon temps et me barrer. Une fois, après avoir fait plusieurs fois l'amour pourtant tendrement, et que nous étions encore collés nus l'un contre l'autre, elle m'a demandé si je l'aimais, si j'avais au moins des sentiments pour elle. Situation classique, où les hommes se contentent, soit de marmonner un charabia incompréhensible, soit de dire ce qu'elle veut entendre. Je lui ai dit que j'avais beaucoup d'affection pour elle, mais que ce n'était pas de l'amour. Je ne l'aimais pas de cette manière, et que notre relation était avant tout sexuelle, tendre, mais sexuelle. Elle a beaucoup pleuré, nue, dans mes bras. Mais elle a aussi dit que c'était de sa faute. Que je l'avais prévenu avant, mais qu'elle pensait... Elle pensait... J'ai fais du mal, mais je n'ai pas été en reste. Des femmes sincères m'ont blessés, m'ont fait pleurés. Je les ai détesté un temps. Mais je me suis rendu compte que leur seul crime était de m'avoir fait tombé de mon propre piédestal. La vérité est une atteinte directe à notre instinct de conservation, c'est pourquoi elle fait si mal. Pour moi, la viabilité de ce monde ne dépend pas de la politesse, mais de la capacité des hommes à refuter l'idée que le monde tourne autour d'eux, et qu'ils peuvent n'être qu'un accessoire social anodin, avec son utilité matérielle la plus vulgaire, sans plus. Il faudrait sans doute décréter, comme Copernic l'a fait en son temps, que le monde ne tourne pas autour de nous, autour de moi, comme le stipule la religion de l'Argent qui tend nos égos jusqu'au déchirement, cet environnement économico-culturel qui ne nous fait croire en notre individualité que pour mieux nous atteindre "seul à seul". Mais que c'est nous, infime particule, qui tournons autours des choses bien plus importante que nous. Nous pouvons être un coup sans lendemain, alors qu'on croyais être mieux que ça aux yeux de la personne. Une personne peut venir nous voir, en se disant notre ami, juste parce que nous connaissons une personne qui l'intéresserait. Il y a là un choix crucial entre deux type de civilisations: celle du groupe et celle de l'individu. Fourmi ou Léopard. C'est sans doute monstrueux, mais entre ma mère et la justice, je choisi la justice, pour, j'espère, le bien commun. Et cela, sans que l'instinct de survie ne soit menacé. L'instinct de survie, de conservation, est le prix grand ennemi de la justice. Et pourtant... Et si, si ce choix de la justice universelle, au détriment de ma mère, n'était en fait que l'expression de instinct de conservation que l'Humanité exerce sur moi, au détriment de la justice individuelle?... 25 septembre 2007 ******** Le temps consacré à un texte prend en compte ce que l'on a écrit, mais surtout ce que l'on a pas écrit. Ce que l'on a refusé d'écrire, par soucis de perfection. Même si ça fait bien, même si l'effet est bien, s'il ne s'inscrit pas dans l'ambiance générale du texte, enlève le, tu fera un acte d'intelligence. 26 septembre 2007. ********* Je ne sais pas. Je ne sais rien. Je suis perdu. Je n'ai aucunes certitudes. Je n'ai rien... Ce sentiment que je flotte dans le néant, ce sentiment que je connais trop bien et que je ne veux pas revivre. Ce sentiment d'incontrôlé. A chaque effort, je retombe. A chaque fois que je finis un texte, il ne m'en reste qu'un goût de médiocrité. Le ciel est gris. les murs sont étroits. l'air est humide. L'humeur est lourde. Le ciel est loin. Dieu est loin, loin dans la pureté du bleu, et je suis en bas. Dans ce monde poussiéreux. Au ras de ce sol étouffant. J'ai besoin d'espace. j'ai besoin de temps. J'ai besoin d'elle. J'ai besoin. D'être. 27 septembre 2007.

07.10.2008

En l'attente.

Il y avait, bien sûr, beaucoup de choses à raconter. Ce soldat à la plage. Ce mur effrité. Cette panne dans ce bout de monde. L'impasse de ce regard. AbdelNassar et ses 25 années de prison.
Il y avait ce ciel, bleu assassin, coupant la terre en deux. Il y avait cet air irrespirable, mais que l'on respirait. Ces odeurs de mer et d'essence. Ces poissons amers.
Mais, sûrement, j'étais arrivé à un point où écrire me paraissait être qu'un acte organique comme un autre. Une régurgitation de choses trop vues, trop avalées, trop macérées pour être gardées. Sûrement, écrire ne me parut plus avoir cette noblesse que trop de gens lui donne encore. Sûrement que je changeais.
Peu à peu, je m'étais retiré. Vers ces endroits où se rejoignent ceux qui ont peur du désordre et de l'impromptu. Vers ces endroits aux contours fabriqués par la peur, la crainte. Des endroits où les murs retienne la misère: Un Mc Do aseptisé. Une plage de sable fin, et à l'eau turquoise. Une salle décorée, un restaurant raffiné, l'habitacle d'une voiture.
J'étais fatigué. De voir, de marcher, de parcourir, d'aller à l'inconnu. Fatigué de nouer des relations. Saturé de ces images, de pauvreté, de fausse détresse. Fatigué de ce jeu, de ces mensonges, de ces mêmes équations, aux mêmes réponses.

Je tombais alors dans le piège de cette fausse lucidité. Et j'aimais y tomber. Je vivais dans une presque-réalité, où les choses avaient la même fatalité que des théorèmes mathématiques. Dans cette presque-réalité là, régit par des lois de Murphy multiples, par des considérations lacaniennes mal maîtrisées, faites lois. Une séries d'impasses, de sens interdits. Des mots géants, écroulés, couchés comme des pans de murs que l'on aurait poussés. Des parenthèses griffant le temps dans leur chute. Des images. d'elle. lui. la. son. tu. Et une porte, au delà de ce fratras. Une minuscule porte où passe à peine la lumière...

 Je me dis parfois que j'aimerais retrouver cette lumière.

 

Mohamed Saïd, fait à Paris, le 05 septembre 2008, à 23h52