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26/11/2008

Allerr Haut

Faze-O Ridin high

Voilà ce que je m'étais dit. Si je devais perdre le contrôle, un peu, pour être un peu heureux. Si je devais ne plus être moi, profondément détruit. Si je pouvais remonter à la surface de la vie. Je m'étais dit que ça me suffisait, un peu. Si je jetais quelques rêves usés, éculés.

Le RER B. Chatelet les Halles. 8h15. Le quai bondé, puis la bousculade, pour rentrer. Entraîné à l'intérieur par la masse des gens, ceux qui ne peuvent rater ce train... Compressé les uns les autres. Je l'ai senti me pousser derrière. Je me retourne, découvrant son visage mâtiné d'un sensible sentiment d'excuse et d'un air de défi calme, souriant. Je me sens obligé de lui dire:

-Vous savez, c'est la partie de mon voyage que je préfère... Le moment de rentrer dans le train. Etre balloté et poussé par les gens, par derrière.

Elle sourit.

-Ah bon? Vous trouvez cela agréable?

-Enfin... ça dépend par qui, bien sûr.

-Oui, en effet... C'est vrai que c'est plaisant de prendre le métro, pendant les heures de pointe...

-C'est une expérience anthropologique assez intéressante.

La quarantaine bien classe. Blonde. Assez belle. Bourgeoise.

Je regarde fixement le magazine qu'elle tient en main. Puis je la regarde.

-C'est pas grave, vous savez... ça arrive même aux meilleures de lire "Elle". 

-Je sais... Mais je suis obligé de tout lire... Je travaille dans la presse.

-Ah bon?... Mais vous avez une très bonne excuse alors. ça me rassure.

-En fait, je regarde surtout les images.

-Ne vous justifiez pas... On a tous nos défauts. Je vous garde quand même.

Elle essaie de ne pas sourire trop grand. Elle continue à me regarder, enfin, on se regarde. Au fond, on ne veut pas autre chose. On teste chacun son pouvoir de séduction, elle, la quarantaine, qui peut encore séduire des petits jeunes comme moi, et moi, capable de tenir la route intellectuellement, et ça a marché, des deux cotés.

Gare de Saint Michel Notre Dame. Elle passe devant moi, tout près, en me regadant en coin au passage:

-Je descend ici.

-Faites attention à vous... Pleins d'autres dangers vous guettent dans la jungle... Méfiez vous des escalators...

 

Voilà. Après la sonnerie, les portes de la rame claquent et referment le théatre. A l'intérieur, on me regarde avec un sourire narquois et complice. Un collègue de travail, alors en retrait et entrainé vers le fond par la foule, revient près de moi, le wagon s'étant un peu vidé.

-Putain, heureusement qu'il n'y avait qu'une station... Vous passiez à l'acte dès la deuxième! 

 

Oui, heureusement qu'il n'y avait qu'une station m'étais-je dis. Elle aurait vu l'imposture à la deuxième. Voilà ce que je m'étais dit. Si pour un peu de bonheur, je devais perdre un peu de contrôle. Si je devais ne plus être moi, homme détruit. Boursouflé par ces médicaments qui me rendent heureux, qui me rendent "normal".

 

Mohamed Saïd, fait à Paris le 26 novembre 2008.