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23/06/2009

Marrakech te voit (1/3)

 

Morocoo - Marrakech city par @@:@@

(c)

 

J'ai été à Marrakech trois fois. La première fois, c'était en 2006, en tant qu'étape de nuit, sur la route d'Agadir. Je me souviens alors avoir été quelque peu désorienté, un peu perdu, en attente de quelque chose qui ne venait pas, et qui, dans ma grande tristesse, n'était pas venu... Cette magie... comment dire... Je ne connaissais de la ville que ce qu'en avait écrit Elias Canetti, dans les "Voix de Marrakech" et quelques écrivains marocains qui, au fil de leurs nouvelles, m'avaient fait aimer cette ville par procuration. Cette ville qui, par sa situation de carrefour entre les terres, entre les peuples, entre les ciels, entre les Histoires, devait forcément accoucher de quelque chose. Un cri de créativité, de folie. Cette ville devait forcément prendre des atours mystiques puissants, accueillir les fous et les pauvres du monde entier à bras ouverts, donner refuge à ceux pour qui les mots ne suffisait pas. Cette ville devait forcément révéler un chemin à celui qui s'était perdu, elle devait forcément ouvrir une porte à celui qui voulait aller voir de l'autre coté de la réalité. Cette ville devait forcément guérir l'âme... L'apaiser... C'était une vision un peu naïve, générale, romantique même j'en conviens. C'était l'image que j'avais de cette ville avant de la voir.

Je suis tombé de haut, mais c'était de ma faute, je crois. J'ai eu l'impression de rentrer dans un grand parc d'attraction, où Marrakech, grimée en rose, jouait son rôle un peu faux. Une grande pièce de théatre où l'on offrait, aux touristes en mal d''exotisme, de l'exotisme frelaté. Un grand centre commercial, un grand ciel lounge, un carrelage propre, des arbres verts. Juger une ville en 24 heure est d'une grande injustice. Mais j'attendais quelque chose de cette ville, vraiment. J'attendais qu'elle me guide, qu'elle m'avale, qu'elle me perturbe, qu'elle m'éclaire, qu'elle me révèle. Qu'elle me donne des réponses...

19/06/2009

Aller quelque part.

Bebel Gilberto - Simplesmente

Corniche de Tanger by night par Milamber's portfolio 

(*)

 

 

Les années reviennent comme des vagues, une à une. Ces mêmes vagues, ces souvenirs qui se répètent, avec le même souffle. Toujours plus inaudibles, à chaque fois... Des grains de moments. Des grains, oui... Ce sont ces secondes, ces instants, ces années, ces jeunes années où j'apprenais Tanger. Où je m'étonnais, jubilant intérieurement d'une différence si vaste entre mon monde et celui-là. Ce monde où je m'évadais. Où mon coeur se vidait, parfois, pour pouvoir regarder l'inregardable. Tanger, film passionnant. Des pauvres, des gosses à la rue, des jeunes à la ramasse, des policiers corrompus, des arnaqueurs en binôme, des putes fatiguées, des beznassas tocards, des hommes verreux, des hommes verrues... La richesse propre, mêlée de la misère crasseuse. Des murs blancs avec des graffitis dessus. Des angles bleus. Des gens pissant. J'étais là. Je regardais. Dans ce monde où les cordes du destin sont cassées par la nécessité. Où la nécessité fait prendre des chemins que même notre désespoir ignorait. Je regardais. Et je racontais... J'écrivais des histoires avec des bris de verre. Se couper la mémoire. Je regardais tous ces visages. Cet endroit. ça me rappelais toujours le "On doit tous aller quelque part, n'est-ce pas?", que Dostoievski avait placé dans la bouche d'un ivrogne d'un de ses romans. On doit tous aller quelque part, oui... Un homme que j'avais laissé à sa misère l'année dernière, y est encore plus cette année. Un gars du quartier que j'ai laissé à la prison de Tétouan, y est encore cette année. Un oncle a les cheveux plus blancs que l'année dernière. Et moi... Toujours plus écrasé... J'y pensais peu. Le moins possible, du moins. Mais le fait de ne pas y penser n'empèche pas les hommes et les femmes "d'aller quelque part", et de s'y enfoncer chaque année un peu plus. Et de les retrouver érodés. cassés. Voilà.

 

Il est minuit passé. Du haut de la terrasse, je regarde la Corniche. Une animation encore fébrile. Des voitures qui passent. Des policiers qui marchent. Des gens. Des fonds de musique qui sortent des cafés, des bars. Les lumières se perpétuent le long de l'avenue. De grands projecteurs éclairent la plage en d'ellipses pâles. Ces deux femmes qui mangent une glace à quelques tables de là, iront sans doute sucer autre chose dans la nuit. La nuit tangéroise est crasseuse, sale et pathétique. Je regarde la Corniche et ces lumières hésitantes, maladroites. A cet instant, je regrette. Je regrette d'avoir su tout ça. D'avoir vu tout ça, et de l'avoir fait, parfois. Au fond, j'avais pas besoin d'en savoir plus. J'aurais aimé garder cette image quer j'avais, avant. Tanger, le détroit. La lumière iréelle qui prend les murs à certaines heures. Le vent. La vue sur la mer. J'aurais aimé réserver cette surprise pour plus tard.

En fait, je crois, je regrette de ne pas découvrir cette ville chaque année, avec le même émerveillement. Au contraire. Chaque année, le poids du sable recouvre l'ancien. Et ma mémoire devient de plus en plus lourde, comme mon coeur... J'ai toujours dit que la beauté d'un paysage émane plus de celui qui le contemple que du paysage en lui-même. Je suis fatigué.

 

Mohamed Saïd, fait à Tanger le 19 juin 2009, à 00h35

05/04/2009

Ligoté, avec vue sur la mer (1/2)

 rif mountains, northern morocco par madmonk

(*)

 Un buisson. Mon ombre assise...

On pense finalement pas à grand chose quand on est ligoté les mains derrière le dos, sous le soleil écrasant d'une après-midi de plomb.

On regarde, hagard, le paysage rocheux alentours... On se demande ce qui nous arrive, comment on a fait pour se retrouver dans une situation pareille... On pense aux plages de Martil ou Cabo negro, où tout mâle qui se respecte et normalement constitué -ce que vous n'êtes pas, si vous êtes dans cette situation- mouille son short... On essaie en vain d'enlever ses liens, de les desserrer au moins, pour qu'ils arrêtent de ronger nos poignets. On secoue la tête pour faire voler la sueur qui coule sur nos yeux... Surtout, on se rend compte à quel point on est rien...

Quand on a des liens serrés derrière le dos et qu'on ne sais pas ce qui va nous arriver dans les heures qui suivent, on redevient un corps, un ramassis de molécules qui a autant de valeur que le buisson à coté de vous... Un truc qui sue, qui saigne, qui attend.

Cela faisait plus d'une heure déjà que j'étais dans cette situation. Le vent frais d'altitude séchait ma sueur. Mon sang se coagulait et durcissait douloureusement. Avais-je déjà vécu un truc pareil avant? Il y a bien eu la fois où je m'étais fait courser par le cadi de Beni Boufrah avec ses deux policiers; La fois aussi où un soldat m'avait tenu en joue avec sa mitraillette et bloqué pendant une demi heure, avec ordre de ne pas bouger, alors que je me hasardait derrière le port de Tanger. Je me rappelle aussi la fois où j'étais resté coincé dans ce tchar du Rif. Et puis cette course poursuite dans les derbs de la kasbah de Tétouan, où nous avions semé des enragés qui nous poursuivaient avec des barres de fer... A chaque fois, j'échappais au pire. A chaque fois, la chance avait joué en ma faveur...

Pas aujourd'hui.

 

La journée avait pourtant si bien commencée... Levée à 7h00. Déjeuner. Je ferme doucement la porte derrière moi. Fraicheur du matin. Le silence des rues de la ville. Passage des petits taxis jaunes vides. Marche sur des sentiers poussiéreux. Escalade. L'aventure et l'exaltation d'un marcheur solitaire qui remplit ses yeux de pierres, de vide, de pentes rocheuses, de soleils, de ruisseaux raffraîchissants, de cascades minimales, de jeux d'ombres, de ciel d'un bleu absolu, de troupeaux de chèvres, de gennevriers, de cactus, de détritus, de roches calcaires...

A 8h30, assis sur un piton rocheux, j'embrassais déjà toutes la ville des yeux: Tétouan,  ses alentours. Le quartier Taboula, la kasbah, en passant par le barrio. Je détaillais chaque maison, chaque bâtiment du quartier M'hannech. J'avais le jbel Dersa en face, Martil et sa plaine, la mer Mediterrannée, le Cabo Negro, le grand barrage de Marina Smir... J'avalais ce ciel bleu par toutes mes pores, le vent glacé d'un matin jaune, le silence des sommets...

L'ascension des sommets du massif calcaire en face de Tétouan était un rituel pour moi. Chaque année, je me fixai un nouveau but, un nouveau sommet, toujours plus haut... Cette aventure me procurait les rares moments de plaisirs et d'authenticité de mes séjours ici. Aujourd'hui encore, j'avais traversé des océans de pierres jaunes, une forêt touffue, discuté un long moment avec un jeune berger venu à ma rencontre, visités des ruines de vieilles batisses espagnoles, déchiffrés des inscriptions castillanes sur un parvis à demi recouvert de terre. J'étais stupéfait que ces paysages sublimes, avec tous ces trésors, ces ruines de batisses datant du Protectorat, ces perspectives à couper le souffle sur la Méditérannée, ne fut pas plus mit en valeur. En Europe, il y aurait des sentiers balisés, des belvédères aménagés. Ici, la montagne sauvage, nue, dangereuse mais tellement excitante. J'écrivais dans ma tête tout un paragraphe du mémoire que je préparais alors, sur l'aménagement du potentiel que pouvais offrir cette montagne en matière de tourisme. J'étais pris d'une fièvre d'explorateur.

 

Puis première erreur. Regagner la source de Zarkat, à quelques 6 kilomètres à l'est, en passant par la montagne.

Au bout de deux heures d'une marche pénible, sous un soleil au zénith, je tombais sur une immense falaise accore qui me barra cet accès. Où que portait mes yeux: cet immense vide, ravin calcaire qui descendait dru avec un dénivelé de 100 mètres au moins. Je dû me rendre à une évidence que je détestais imaginer: rebrousser chemin par le même sentier... C'était d'autant plus inacceptable que le soleil était devenu dur, et qu'une soif terrible me tenaillait. Longtemps guidé par la perspective de me désaltérer dans l'eau glacée de cette source très connue, ce qui avait justifié ce très long détour, cette désillusion entama mes forces de manière sévère, au point de me sentir au bord de la rupture... Je me souviens être resté à ce moment là dans un état d'aboulie qui me fit peur. Assis à l'ombre d'une broussaille. Essayant de récupérer. Je regardais, hagard, la falaise immense devant moi. J'avais marché plus de 6 heures, d'une marche difficile et périlleuse, qui m'avait épuisé. Et la perspective de refaire 6 autres heures de cette marche, pour revenir à mon point de départ, m'étais presque insupportable au vu de mon état d'épuisement total. La soif, entêtante, me fit cueillir des feuilles, casser des tiges, pour en recueillir quelques gouttes. Rien. Une colère sourde contre moi-même. Contre ma névrose, hypnotique, d'aller toujours plus loin, toujours plus haut, contre le réalisme. C'était les aléas et surprises de la montagne, auxquels j'étais pourtant habitué. Mais ma situation était critique à ce moment là, sans eaux, sans nourriture, et seul. Après un long moment de récupération, je me décidai à me lever. Je me trainais sur le sentier pierreux, hagard.

Puis, après une heure de cette marche, deuxième erreur:

 

On siffla et on m'appela au loin. Il pourra peut-être m'indiquer un chemin plus court pour aller vers Zarkat, ou pour retourner à Tétouan, pensais-je. Je m'approchais tranquillement, hébété, épuisé... C'était un berger barbu, d'une trentaine d'année au moins. Il était assis sur un rocher et surveillait nonchalement un troupeau de chèvres... Lorsque je fus à sa hauteur, je lançais le fameux "Salam Aleykum". Il me rendit mon salut puis me fixa avec un brin de curiosité.

-Qu'est-ce que tu fais par ici, mon ami?

-Je me promenais... Je voulais aller à la source de Zarkat. Y a pas un chemin où on peut y aller par là?

-Zarkat? Pourquoi? Qu'est-ce que tu vas faire la-bas?...

-Je veux aller voir la grande source et la cascade...

-Mais tu viens d'où?

Le visage de l'homme n'exprimait rien d'autre qu'une lassitude désabusé, masqué par la dureté de ses traits. Des plissures sur le front. Une peau tannée. Une barbe courte et désordonnée. Ce visage, je l'avais vu cent fois, à Bab Okla tirant un chariot derrière lui; à la gare routière sniffant une "solucionne"; au marché fruitier de Drissia, 3assas, gardien de voiture... C'était un visage si courant. Et pourtant, le sien, acculé à la morsure abrasive du soleil, semblait être fait de brique, d'une terre sèche mal agencée.

-Je suis venu de Tétouan... Lui répondis-je.

-Il faut que tu me montres ta carte d'identité...

-Ma carte d'identité? Pourquoi? fis-je amusé, j'ai passé passé une frontière? Y a une douane ici?

-Et oui, mon ami. Moi, je peux pas te laisser partir si tu me montres pas ta carte...

Je n'aimais pas la tournure que prennaient les choses, mais je restais calme. Je fouillais dans ma poche négligemment.

-je n'ai pas ma carte...

-Alors je peux pas te laisser partir.

Aucune animosité ne transparaissait dans son visage. Juste cette neutralité qui faisait un décalage avec les paroles qu'il prononçait, rendant la situation encore plus inquiétante. Pendant ce temps, un autre berger arriva. Un grand maigre qui mesurait dans les 1m90. Il s'enquit de la situation. Le barbu lui répondit...

-Il se promène dans la montagne et il a pas sa carte d'identité... On en fait quoi?

-Qu'est-ce que j'en sais moi... Haussa le grand dadet. celui-ci se tourna vers moi, tout sourire:

-Qu'est-ce que tu fais ici toi?...

Je récapitulai calmement et brièvement ma mésaventure. Le barbu me dit alors:

-Désolé mon gars. Si t'as pas ta carte d'identité, on peut pas te laisser partir... Tu dois rester avec nous jusqu'à 20 heures. On t'emmènera chez un responsable de la police et on te donnera les 5 dihrams pour le bus.

Je sentis de la sueur goutter sur mon dos. Regardai ma montre. 15 heures et des poussières.

-Nan, désolé les amis, mais je peux pas rester. 20 heures, faut pas abuser les gars. Et je vois pas pourquoi vous faites ça...

-On te donnes pas le choix mon ami, alors t'as deux solutions: ou bien tu restes tranquillement à nos cotés, et on te relâche à 20 heures, on bien on t'attaches les pieds et les mains comme un mouton... On nous la fait pas à nous... T'as pas ta carte, tu te promènes dans les montagnes... Et t'es pas venu voler du bétail? Fais pas le malin. Si tu bouges d'ici, on te mitraille de pierres...

-Je suis pas un voleur de bétail... Je suis venu de Tétouan pour me promener... C'est tout. J'ai rien fait de mal...

-Dis nous d'où tu viens, ou montres nous ta carte et on vois ce qu'on peut faire... Fait le grand dadet.

Je vidai mes poches en lui montrant que je n'ai que mon portable. Troisième erreur. Celui-ci me le pris des mains et sortit de son froc un couteau aussi grand que son avant-bas:

-Allé, maintenant casses toi sur tes pieds! Barres toi et te retourne pas...

Je ne bougai pas de ma place. Je le regardai, le défiais presque:

-Et c'est moi que tu traites de voleur.

-Je te le vole pas... me répondit-t-il. C'est le prix pour qu'on te laisse partir... Allé, casses toi!

-Je pars pas sans mon téléphone... Il est pas à moi...

Tentative pitoyable de rebellion. Le grand maigre me toisa un moment du regard:

-Hadra dialek bechkil (ton accent est chelou), tu viens d'où? De quel village tu viens...

-Je ne viens pas d'un village... Je suis venu de Tétouan, mais je suis chez de la famille... Sinon, j'habite en France...

Les deux compères se regardèrent alors, interloqués, incrédules... Le barbu sourit vers moi, me toisa longuement de bas en haut, puis secoua la tête :

-Nan, nan... Arrêtes de te foutre de notre gueule... Machi sel3a dFrança adi... (C'est pas de la "marchandise" de France ça...) Arrête de nous prendre pour des cons.

-Tu crois nous baiser ou quoi? Ricana le grand maigre au couteau. Tu nous prend pour des paysans? Pourquoi t'es venu ici mon pote? Tu sais pas qu'ici on a plus de vice que les draris du "Barrio"?

Visible d'ici, presque en face et à même hauteur, de l'autre coté de la plaine de l'oued, le "Barrio" est le quartier le plus dangereux de Tétouan. En périphérie nord de la ville, les maisons pauvres, constructions illégales de bric et de brocs mangeaient chaque année les pentes fortes du Jbel Dersa. C'était un quartier "verticale", une sorte de favelas en briques qui faisait comme une médina précaire, avec ses ruelles étroites, ses impasses, ses pente et ses escaliers interminables. On appelait d'ailleurs un coin là-bas le Houma dial rba3 sa3a, le "quartier d'un quart d'heure", car malgré l'interdition de construire et la surveillance des autorités, un terrain vague pouvait se transformer le lendemain, avec l'aval de responsables municipaux dûment corrompus, en un quartier de plusieur dizaines de maisons avec familles, femmes y séchant le linge dans la cour et enfants jouant sur le perron... Drogue, alcool, pauvreté extrême, un meurtre par jour, des policiers qui ont renoncés à y patrouiller... Voici les mots qui revenaient le plus souvent pour décrire le "Barrio".

-Nan... Il part pas! fis le barbu. Il reste avec nous jusqu'à 20 heure!...

 

Il s'avança alors vers moi et me tira par le bras. Les choses sont alors allées très vite: je me dégageai violemment puis je couru autant que je pus vers la pente rocheuse. Après un moment de silence interloqué, j'entendit derrière moi des cris, les hululements du berger appelant les autres, des abboiements féroces de plusieurs chiens. J'étais mort de fatigue et je puisais, dans cette course folle, toutes mes réserves... La montagne tremblait sous mes yeux. Les rochers du sol défilait sous moi. Paysage en diagonale tréssautant de tout coté. Le ciel en haut, qui se retrouve soudain sur le coté, puis tout en bas: Les arbustes épineux ont amorti ma longue chute sur le calcaire. Me relever. Tomber de nouveau. Me cacher dans les buissons touffus, attendre? J'entendais les abboiements des chiens qui me poursuivaient, grognant leur hargne. Ils s'approchaient de mon trou. Me relever, courir. Me découvrir... J'entendis les cris stridents des bergers au loin. Puis soudain, impact d'une grosse pierre sur la roche à quelques pas de moi. Puis une autre pierre fusa à quelques mètres et rebondit en un fracas sonore sur la roche. Ils les lançaient avec une fronde, que j'entendais tournoyer derrière moi. Plus je courais, plus la végétation devenait touffue. Pris par l'élan de ma course sur la pente, mes pieds accrochèrent des racines et je retombai de nouveau, épuisé, à bout... Je n'avais plus la force physique pour me relever, pour courir. Je restai là, vidé, épuisé, couché en bas des branches de buissons qui barraient le ciel. Le bruit des pierres lancées qui ricochaient contre la paroi rocheuse. Les cris et les aboiements qui se rapprochaient. J'avais pensé à ce moment là que s'il n'y n'avait pas eu les chiens, j'aurais pu leur échapper... Bruits des feuillages qui se rapprochent. Les voix de plus en plus distinctes. Lorsqu'ils furent à une dizaine de mètres de là, je me levai, levai les bras au ciel. Je me rendai.