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07/04/2012

Comme un poisson dans l'air

 

 N.E.R.D - Life as a fish

 

Cela fait bien longtemps qu'il n'y a plus d'ordre. Plus de liants, plus de lignes directrices.

Au contraire, il y a, ça et là, des murs détricotés. Des pans entiers, allongés. Des fenêtres inhabitées. Le tracé de pierre des fondations, que l'on devine encore dans l'herbe folle qui a monté peu à peu. On appelle ça des ruines.

 

Moi qui aime tant l'ordre, j'ai appris à vivre avec. Parfois, l'envie de remettre les pierres une à une, éparpillées ça et là... Tout remettre, reconstruire doucement. Mais l'immensité de la tâche... Tout ça me fatigue d'avance. Alors il faut que je sois honnête : Je ne serais plus jamais celui que j'ai été.

 

Je suis un homme solitaire. Je n'aime personne. Le quotidien des autres ne m'intéressent pas. Le combat des autres. Leurs luttes, leurs visions du monde. Tout ça ne m'intéresse pas. Et pourtant, tout m'atteint. Tout me convainc. Tout entre. Tous les poncifs me poncent les irrégularités de la tête. Rabotent mes rêves.

 

Je me sens comme un poisson dans l'air. Comme un oiseau dans l'eau. Il y a dans l'époque une lourdeur que je ne peux m'expliquer. Une moiteur épaisse, poisseuse, qui englue mes tentatives d'échapper à ce dont je suis destiné. Je ne me reconnais dans aucune case, dans aucune catégorie, dans aucun segment, aucun profil. Aucune idéologie ne me transporte. Aucune spiritualité ne me transcende. Je ne me sens bien, nulle part. Je ne me sens libre dans aucun des outils statistiques ou informatiques que l'on a crée pour moi, ordinaire individualité en mal de reconnaissance.

 

Tout crie. Tout pleure. Tout appelle à l'aide. Tout a faim. Et je ne peux opposer à cela que mon indifférence gênée. Même pas tourmentée. Chaque image remplace l'autre. J'oublie. Ce qui s'est passé le 26 juin 2009 ? Je n'en sais rien. à part les constantes habituelles de la vie. Des gens ont dû mourir. Ont dû avoir faim. Des enfants ont dû boire dans de l'eau croupie.

Dans la « grande ville » qu'est devenu la terre, j'enjambe les personnes qui dorment sur le sol en pensant à la pertinence du statut que je vais mettre sur mon réseau social.

 

Je ne suis pas responsable. De ce que les autres me montrent. Pas responsable de l'infinité des sources d'information qui me montre la planète sous des angles toujours plus multiples.

La boule à facette grandit, grossit, s'améliore de nouvelles facettes, constamment. Et je ne sais pas trier la douleur. Je ne sais pas ce qui est important ou pas. Je ne sais pas ce qui a le droit de mourir ou pas. à travers ce prisme immense, la lumière ne sait plus où aller. Je ne sais plus où la suivre. Tout n'a plus de sens.

 

La tempête m'a jeté ici. Je me sens comme un poisson dans l'air. Comme un oiseau dans l'eau. Je ne peux reprocher aux autres d'être ce que je vais devenir. Mais j'aurais tellement besoin de me sentir à nouveau chez moi. Dans l'océan clair, infini et lisible. Dans le ciel profond, apaisant et froid. J'ai la sensation tendre que c'est désormais impossible. Mais à défaut, j'ai besoin d'une main, une main secourable pour me remettre à l'eau. Dans la tempête de mon verre d'eau.

 

Mohamed Saïd, fait à Lyon le 7 avril 2012, à 18h37.  

Commentaires

pas étonnant, de ces tonnes d'informations nous appreneons la confusion, appelé à la compassion parce qu'un "firend" vient de perdre son père, à être touché, révolté, peiné, adhérer à la masse, te vider sur ton statut et t'imprégner de celui des autres, une vraie dissolution de soi même, dans d'autres, ces autres tu sais ! ces autres que tu connais à peine et puis ls sont plusieurs, tu n'est pas responsable, sinon d'avoir été là, débranche, dehors y a l'eau de la mer et l'air du temps....c'est le mal de ne plus être.
beau billet saïd, je débranche.

Écrit par : la voisine | 07/04/2012

Je n'en suis généralement pas partisan mais sais-tu qu'un bon coup de pied aux fesses peut parfois avoir le même effet qu'une main ? d:-)

Écrit par : Cristophe | 09/04/2012

Les commentaires sont fermés.