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01/12/2011

à la rencontre du Roi

(c)

http://www.moteur.ma/media/photos/cat_voiture/moteur-ma_66338_mercedes-benz-207.jpg



 

 à Leblase.

 


 

Il est 4h04. Je commence cette note après avoir retrouvé le cyber qui ouvre 24h/24, que j'avais repéré auparavant au cours de mes errances nocturnes dans les rues d'El Hoceima. J'ai dormi un peu, au bord de la mer, sur un tapis à même le sol, et à la belle étoile, avec dix autres vieillards qui avaient eu la prévoyance de ramener ce même tapis, des coussins, et des couvertures. Dormi? Une vingtaine de draris du village autour de nous, animant à coup de vannes, de fous rires, de discussions à bâtons rompus, ce petit bout de plage où nous avons échoué. Echoué... C'est bien le terme. On m'avait prévenu, et j'ai quand même voulu faire partie du voyage. J'ai avalé une tonne de poussière, vibré pendant près de quatre heures aux aléas d'une piste caillouteuse, subi la chaleur écrasante, mais je ne le regrette pas, du moins pas encore.
Je me suis levé du tapis pour laisser la place à l'un des jeunes forcés de rester debout, et j'ai marché vers la ville, qui respirait encore à cette heure: Des jeunes qui discutent sur leurs marches, des rondes de la sûreté nationale, les balayeurs qui nettoient le bitûme, les barrières metalliques le long des avenues, servant en journée à retenir la foule lors du passage du convoi royal. Les décorations coloréées, les étoiles scintillantes...
El Hoceima, ville accrochée aux rochers accores du Rif, vit encore au rythme du séjour du Roi.   
 
Pour ma part, j'ai encore 4 heures à tuer, 4 heures avant de rejoindre les autres, de nous ébrouer tous d'un seul coup, hommes, camionnettes, voitures, plus de deux cents véhicules réunis sur la route poussièreuse, pour refaire cette procession gigantesque de la journée, et aller à la rencontre du Roi.

 

14h30

-Putain! J'ai caché mon camion pendant 2 jours et je reçois cette convocation! Comment ils savent?
-Tu crois quoi? Notre bled est remplie de balances!
-Et ça, c'est juste quelqu'un de chez nous qui bergueg et qui leur dit tout ce qui se passe, c'est pas quelqu'un de l'extérieur... J'avais caché la camionnette derrière la maison, et je reçois la convocation? Qui pouvait le savoir? Je te jure, j'ai envie de lui enlever la batterie, et de leur dire que je suis en panne!
-Ewah zid. Garde toi des problèmes.
Nous dansions à l'unisson, sous les mouvements saccadés de la camionnette sur la piste. Devant nous, au loin, une autre camionnette laissait dans son sillage une trainée de poussière.
-Regardes, y a la Srimo devant... Il a l'air éclaté de monde. Regarde comment son camion penche! Y a Gordo qui est monté avec lui?
Eclat de rire dans l'habitacle.
-Moi, je ne fais plus monter personne!
-Si les gendarmes te disent un truc, dis leur qu'on prend du monde au "control" de Rouadi. 
Lors du passage du Roi dans la Région pour inauguration d'une infrastructure, c'est un fait: toutes les camionnettes et les véhicules des environs sont réquisitionnées. Tout propriétaire d'un véhicule est tenu de participer au transport de la foule allant à la rencontre du Roi, et reçoit ainsi une convocation. Autre particularité amusante: toute personne propriétaire d'un corps est également tenu d'assister à cette inauguration, et reçoit sa convocation pour remplir ces véhicules réquisitionnées. Ne peut couper à la rencontre du Roi que ceux qui sont occupés à des travaux importants dans leurs champs (et uniquement dans les champs de blés...) et les personnes souffrantes.
Bien sûr, tout cela ne prenait pas de caractère obligatoire, et le titulaire de la convocation pouvait passer outre si ça lui chantait, et rester à la maison. Mais alors, il ne fallait pas s'étonner s'il avait des complications pour effectuer certaines démarches administratives, ou si des personnes mal intentionnées s'en prenaient à sa récolte...   
L'initiative des convocations venait toujours des Cadis des Douar de la Région, en charge de l'organisation du "remplissage" des lieux des inaugurations, et pour qui la mobilisation plus ou moins grande du village sous son administration traduisait, auprès de sa hierarchie, la santé de sa gestion. Une bataille de faveur se livrait ainsi entre les Cadis des différents douars pour savoir qui masserait derrière lui le plus de sujets. Et les méthodes pour y arriver importaient peu.
C'est ainsi que je me retrouvais dans cette camionnette, accompagnant mon oncle malgré ses avertissements. Nous allions à Hoceima, à une centaine de kilomètres de là. Après trois heure d'une route transformée en piste par les lourds travaux sur la future Rocade Méditerranienne, nous passerions la nuit dans la ville, sans savoir où dormir, puis nous irions, le lendemain, guidés par les gendarmes et l'armée, sur les lieux de l'inauguration. 
 

15h35

Lorsque nous prenons la route principale, nous nous retrouvons soudain, au détour d'un virage, au milieu d'une procession spéctaculaire de plus d'une centaine de véhicules, des camionettes Mercedes 207 en majorité, mais également des Renault 12, des mercèdes 240, des 4/4: Drapeaux marocains plantés sur les toits, photos de Mohamed VI collés aux fenêtres, klaxons, poussière aveuglante, dépassement aux bords de ravins, musique des radio cassettes, chants à l'intérieur. Une ambiance de fête, de procession de mariage anime le cortège qui dévale la piste caillouteuse dans un grand nuage de poussière. Plus nous avançons, et plus le cortège grandit. Les courbes prononcés de la route nous font voir l'ampleur de cette immense procession: des kilomètres de 7did, de "fer", des voitures qui avancent en double file, lentement. Des "touristes" se retrouvent coincées dans le cortège et prennent leur mal en patience. Ceux qui arrivent à contre sens sont forcés de s'arrêter. Le tout avance au pas, ponctuellement contrôlé, guidé par des gendarmes et des soldats de l'armée qui donnent la cadence à la procession, évitent les débordements des chauffeurs un peu trop pressés, arrêtent le serpent de fer un moment. A l'intérieur, la sueur, la chaleur. Lors des pauses, des hommes en sueur sortent prestement des camionnettes pour suer à l'air libre, pisser dans un ravin.
Je reste un moment magnifié par ce déferlement humain surprenant, jamais vu sur cette route d'habitude si déserte. Nous fendons en deux le paysage, sous le regard étonné des habitants des maisons alentours. Et celui, appuyé, d'un âne attaché dans un champs. 
 

16h30

Aux plages de pause de la procession, qui peut être immobilisée pendant un quart d'heure, voire 20 minutes, succèdent des moments de folie routière: Toutes les camionnettes 207 veulent se dépasser, se frôlent dangereusement. On force le passage, on refuse de le donner, quitte à avancer à quelques millimètres de la tôle du voisin. Sous les encouragements des draris: "Putain? Tu le laisse passer sans rien faire? T'as pas de couille, Omar! Même mon âne, il aurait passé la troisième sur ça!"
Une route à deux voies se transforment en cinq voies. Piste transformée en autoroute. Le rugissement des moteurs. klaxons effrénés des dépassements. Le claquement des tôles mal agencées sous les vibrations de la piste. Le tout dans une poussière âcre et rouge...
 

17h10

Un camion s'est-il retournée? un passant a t il été renversé? Les deux cents camions sont en arrêts et tous les passagers qui en descendent se ruent soudain vers un point précis. Une masse de gens courent vers le bas coté comme si une catastrophe était arrivé. Lorsque notre camionnette s'arrêtent, nous faisons de même. Je cours, dépasse les autres... Puis je me retrouve au milieu de personnes revenant en sens inverse en s'esclaffant.
-Il se passe quoi?
-Rien, retournez dans vos camions! Y a quelqu'un qui est parti chier. Y en a cinq qui l'on suivi, et tous le monde a suivi aussi, en croyant qu'il se passait quelque chose! 
Je riais de cette dynamique de groupe étrange, en pensant que le gars avaient dû vite remonter son pantalon en voyant plus de 200 personnes se ruer vers lui!
 

17h40

La procession a laissé derrière elle des plumes. Baucoup de voitures, des Renault 12 pour la plupart, sont restés en arrière pour laisser leur moteur refroidir. Une mercèdes 240 changeait un pneu. Puis à notre tour d'être immobilisé. Une camionnette de notre village tombe en panne. Sa roue arrière fume. Freins chauffés à blanc. Heureusement que c'est à quelques pas du village de Had Rouadi. Chacun en profite pour se restaurer, acheter des bouteilles d'eaux, pendant la réparation.   
 

20H10

Nous avons perdu la procession. La panne de la camionnette d’un gars du village, auprès duquel nous avons dû rester, nous a considérablement ralenti. Après une réparation provisoire et improvisée, nous atteignons El Hoceima à l’allure d’un âne au trot. Nous avons fait 100 kilomètres en 5 heures. Le cortège ne nous a de toute façon précédé que de peu parait-il, une demi heure à peine. On apprendra plus tard que les véhicules de la procession avaient été ralentis exprès de sorte d'atteindre la ville qu'à la tombée de la nuit.

Était-ce d’ailleurs une bonne idée ? La nuit tombe. El Hoceima, plus embouteillée que jamais, saturée, animée, illuminée, fliquée, maquillée, pliée par les aléas de ses collines calcaires, respire un air calciné. Le vent marin du soir le rend odorant. Dans ce coeur, le sang de la ville : voitures, bolides, carcasses, camions, piétons, hommes, enfants, femmes voilées, jolies filles, jeunes MRE, vieux, se meut et se bloque au rythme des feux rouges interminables. Nous restons coincés en centre ville un long moment. Policiers, gendarmes dans les rues, quelques soldats de l’armée. On n’a pas lésiné sur les moyens pour quadriller la ville…

Il faut avoir en tête que nous sommes dans un fief traditionnellement rebelle à toute autorité extérieure, et plus particulièrement réfractaire à la Monarchie.

On reproche beaucoup, à travers le Maroc, cet espèce de « nationalisme rifain », ce déni du reste du pays, ce communautarisme qui frôle le repli sur soi et le sentiment de supériorité par rapport aux autres régions du pays. Nous sommes ici en région berbère. On parle ici le tarifit, ou lchel7a. Une identité rifaine fortement assumée et revendiquée, parfois jusqu’à l'excès. Ici, on ne regarde pas d'un bon oeil ceux qui parlent arabe. Une attitude hautaine que l’on peut expliquer bien sûr par l’isolement, autant géographique que politique, de ce territoire. Mais surtout par un passé particulièrement violent et tourmenté qui lui a façonné une identité propre et forte.

On en entend peu parler, mais la région du Rif a été saignée à blanc par l’Histoire et a payé un lourd tribut à sa volonté d’indépendance vis-à-vis des colonisateurs espagnols et français, mais aussi vis à vis de la monarchie, et il faudrait plusieurs livres pour raconter toutes les horreurs et évènements qui se sont produits ici.

Si l'on devait en citer, il y aurait forcément le gazage en masse, dans les années 20, de civils par l'armée espagnole et française coalisée pour mater la rébellion d'Abdelkrim. Encore aujourd'hui, ce gazage a des conséquences, puisque le Rif est la région où il y a le plus fort taux de cancer au Maroc. Une étude démontre que 80% des patients marocains qui viennent se soigner à Rabat pour un cancer viennent de cette région. L'autre de ces horreurs, est bien sûr la répression sanglante, par le Roi Mohamed V, du soulèvement rifain de 1958, deux années après l'Indépendance du Maroc, par l'entremisse du Général Oufkir et du prince Moulay Hassan, le futur Roi Hassan II. Répression qui fit des milliers de morts. Le contexte de cet épisode et, d'ailleurs, de l'histoire houleuse entre cette région et le pouvoir central, est trop dense pour pouvoir en faire état ici avec la clarté que cela mériterait. Il faudrait remonter loin, à l'opposition habituel, au cours des siècles, entre les bleds siba et makhzen; remonter au traité d'Algeciras de 1912 qui divisa le Maroc en deux protectorats espagnol et français; Abdelkrim, sa guérilla d'indépendance et la création de la République du Rif de 1922-24; la répression brutale et aveugle de l'armée de Pétain en 1925 pour rétablir le contrôle; la Guerre Civile espagnole de 1936-39; la Grande Faim de 1945; la période trouble de l'indépendance du Maroc, en 1956, obtenue auprès des français, mais toujours pas auprès des espagnols, qui contrôlaient alors encore le Rif et le Sahara Occidental. Une période d'incertitude et de tensions autonomistes rifaine qui déboucha sur la terrible et sanglante mise au pas de 1958. En découla un processus logique: Tentatives d'attentats et hostilités chroniques contre le Roi Hassan II en retour. Boycott et mise au ban de la Région durant plus de 35 ans par la monarchie. Décrépitude économique. Pauvreté. La détestation réciproque.

Puis en 1999, soudain. Le renouveau. Avec l'arrivée de Mohamed VI, qui réserva sa première visite de Roi au Rif, pour sceller la réconciliation. Et depuis, nouveau départ, développement, nouveaux projets, nouvelles infrastructures, et donc, mécaniquement, et c'est ce qui nous amène ici: inaugurations en pagaille.

Mais la région est toujours rétive. Et ce n'est pas pour rien que l'on ramène des gens faire la claque aux inaugurations depuis des villages situés à une cinquantaine de kilomètres aux alentours... La population locale se déplace peu pour le Roi, et encore moins pour l'acclamer. Les policiers qui quadrillent. La gendarmerie qui contrôle. Les barrières métalliques. Voilà ce qu'il faut avoir en tête lorsque nous traversons El Hoceima.


20h50

La nuit est bien entamé. L'agitation, la circulation, les klaxons font trembler la carcasse de notre camion. Et nos têtes tremblent en rythme. Des policiers postés partout. On dirige nos camions de carrefour en carrefour. Les draris s’interrogent : « Ils vont nous mettre à coté de l’Hôpital, comme l’année dernière ? » ; « Non, non, c'est pas le chemin. Je crois qu’ils vont nous mettre vers la grande place des concerts ». Nous suivons la direction des mains tendus par les agents. Mais au fur et à mesure de leurs indications, nous nous apercevons qu’on nous dirige vers la sortie ouest de la ville.

-Ils se foutent de notre gueule ou quoi?

-Laisse nous ici, demandent des draris, on va pas se farcir le camp maintenant, alors qu'il y a la fête en ville.

-Enlèves le papier sur ton pare brise !

Le chauffeur s'exécute, il enlève le morceau de carton que l'on nous a donné à l'entrée de la ville pour que les autorités puissent nous reconnaître, puis s'assurant qu'il n'y ait aucun agent d'autorité en vue, il fait demi tour vers le centre ville. Nous reprenons, pour la soirée, notre « liberté ».


22h15

Place Mohamed V. Celle des grands concerts estivaux et de l'animation festive, près de Quemado. Une foule compacte s'amasse devant la scène. Les trottoirs sont saturés. Les restaurants et chaises de cafés sont encore bondés. Les enceintes expulsent des airs criards de musique populaire, des voix stridentes qui chantent des airs en rifain sur de la musique semi électronique. Un air frais, odorant, apaisant, encore tiède de la journée caniculaire et que le sol calcaire de la ville a retenu un peu, parcoure l'atmosphère. Après s'être garé non loin, les gens de la camionnette se sont tous dispersés, s'agglomérant en binôme ou trinômes selon les âges et amitiés.

L'ambiance citadine et l'animation qui va avec, pour ces campagnards habitués au silence des insectes et batraciens de nuits, n'est pas quelque chose d'anodin, et c'est avec délectation qu'ils en profitent. Éparpillés, nous nous retrouvons parfois au détour d'une rue, d'un restaurant ou de la grande place, en nous saluant tacitement du regard, ci fumant un joint, ci discutant contre des murs avec d'autres connaissances rencontrées, ci matant des fessiers féminins, de plus en plus rares, au fur et à mesure que la nuit avance, et que le bruit des concerts commence à s'estomper.


23h30

Personne ne veut encore regagner le grand « camp », à l'extérieur de la ville, que les autorités ont dressé et aménagés avec grandes tentes pour faire passer la nuit aux centaines de villageois réquisitionnés.

« À chaque fois, c'est pareil, on se retrouve avec les enfoirés des villages voisins, et on se fout sur la gueule... 

Pour retarder au plus le moment où il faudra se demander où il faudra bien dormir, on tue le temps. Nous restons dans la ville, de plus en plus déserte. Je suis né dans sa province mais je ne connais pas beaucoup El Hoceima. Je ne suis même pas berbérophone. Quand je pense à la ville, ne me vient en tête que les images d'une chaleur brutale, dégagé par le sol rocheux, et la fraicheur tout aussi brutal de la méditerranée. Le son de cet accent caractéristique du rifain, partout. Les seuls noms qui me viennent sont Robredo, Quemado, Calabonita, et autres patronyme qui rappellent que la ville, fondée en 1920, a longtemps été une garnison de l'armée espagnole. Le jour, c'est une ville fermement agrippée à ses falaises calcaire, et qui domine la mer de manière majestueuse. La nuit, la mer est un grand espace noir où l'on voit, depuis nos chaises de ce restaurant qui donne sur la Baie du Quemado, une espèce de grand trois-mat illuminé et immobile.


01h20

Le trois mats est en oblique.

 

02h10

On commence à s’endormir sur nos chaises… Devant nos verres vides, nos yeux aussi sont vides. L’air marin, humide et froid commence à nous chasser. Nous rejoignons à pied notre groupe, échoué au bord de la plage de galets. Quatre personnes dorment déjà sur les sièges de la camionnettes. Le coffre est rempli de ronfleurs aussi. Sous une tente que les vieux briscards ont montés, des gens dorment. Des jeunes discutent et rigolent à bâton rompu, allument un joint de temps à autre. Mon oncle m'invite à une place sur le tapis, posé à même les galets. Bercé par le bruit des vagues, des paroles, des rires, je repense à demain. Je n'ai jamais vu le Roi. Ce ne sont pourtant pas les occasions qui manquent. Il est proche. Partout. Régulièrement à Tanger, à Tétouan.

Comme pour beaucoup de gens du Nord, j'éprouve une sorte de sentiment ambivalent pour lui. Une empathie, une bienveillance sincère. Diriger un pays comme le Maroc est une pure folie. Mais j'éprouve aussi une méfiance tenace contre son système. Un système sans lequel il ne peut avoir l'importance qu'il a aujourd'hui. « Mohamed VI est un très bon Roi, que Dieu le garde! Il développe le pays. Mais il est entourés que d'enculés! » Combien de fois j'ai entendu cette phrase, ou s'en approchant, de la part de gens, jeunes, vieux, riches, pauvres.

Crainte ou admiration sincère? Le Roi est une sorte d'île bienveillante au milieu des requins et je sais que les gens l'aiment sincèrement. Pourtant, sur son île bienfaisante, les requins aussi lui appartiennent, et il s'en sert comme instrument de pouvoir, de soumission. Le Roi personnalise à lui seul tous les paradoxes de ce pays.

J'imagine la scène de demain... L'attente, devant les grilles métalliques qui nous sépareraient du tapis rouge. Puis sa venue, sous la liesse, vraie ou simulée, de la foule. J'imagine lui accrocher le regard. Lui serrer la main. Sans déférence, mais avec le juste respect requis. On me mettrait peut être en prison pour ne pas avoir courbé le dos devant lui, de ne pas lui avoir baisé la main. Je m'amuse de cela dans mes pensées, tandis que les vagues et le bruit des discussions m'endorment.

 

8h10

Après le réveil et un déjeuner rapide dans un café du centre ville, nous rejoignons nos autres compagnons. Nous avons tous été un peu dispatchés au cours de la nuit, et c'est par grappe que nous nous agglomérons de nouveau, au fur et à mesure de nos errances dans les rues de Hoceima. Certains reviennent même du camp dressé par les autorités à la sortie ouest de la ville. Comme convenu, une dispute générale y a éclaté. « Ce matin, pour le déjeuner, ils ont distribué du pain et de la vache qui rit, mais ces enfoirés des Beni Boufrah en prenaient par quatre. On leur a dit que c'était pas bien, qu'il fallait en laisser. Puis ça a commencé à crier, à s'insulter... Après, les vaches qui rient ont volé dans tous le campement! C'était un vrai bordel... »

Dès le matin, le soleil est coupant. La consigne est de rejoindre les gendarmes vers 8h30 pour se poster à 9h sur les lieux de l'inauguration.

 

8h50

Peu avant 9h00, une fébrilité nerveuse parcoure la foule. Un brouhaha de paroles, de vrombissement de camions, de klaxons, les sifflets de la gendarmerie. Une poussière fine s'élève de l'espace où sont parqués les camionnettes. La chaleur est déjà intense. Lorsque les autorités nous en donnent l'ordre, nous sommes lâchés. En contrebas, derrière une guirlande de barrières métalliques où nous devons nous poster, nous courons tous pour avoir la meilleure place possible. Nous sommes bien une centaine. Pour la plupart, les habitants des villages venus la veille, beaucoup de jeunes, de rares parents avec leurs enfants, des groupes épars. Des petits fanions en papier du drapeau marocains sont distribués. Nous sommes tous postés. Chacun choisissant un endroit stratégique où il verra le mieux le Roi, selon la position du tapis rouge, de la grande tente au milieu. Et nous sommes tous là, agrippés à notre place, pour ne pas nous la faire prendre.

Le lieu de l'inauguration est situé à la sortie de la ville, sur la pente douce et nue d'une colline orange qui surplombe la mer, à 300 mètres en bas de nous. Une mer belle, comme la Méditerranée peut en offrir, d'une couleur effrontément bleue. La longue brise fraîche qui en vient nous frotte la peau et c'est heureux, tant la fournaise de la journée commence à s'installer. Au milieu des barrières disposées en grand rectangle derrière lequel nous sommes agglutinés, Il y a un grand espace de terre blanche. Un long tapis rouge mène vers une grande tente de bédouin. Sous cette tente: un grand plan posé sur un tréteau, une sorte de table sur lequel est posé une brique, un petit bac de ciment et une truelle. Je n'ai aucune idée de ce que l'on vient inaugurer mais mon impatience est à son comble. Je n'ai pas pris la meilleure place, mais je suis juste derrière une rangée de jeunes au premier rang, et entre leurs têtes, je vois parfaitement la scène. Nous attendons.

 

9h45

Cela fait presque une heure que nous sommes ainsi. Rien ne se passe. Après le brouhaha habituel des discussions et de l'effervescence, un étrange calme gagne les spectateurs. Un calme qui commence à ressembler à de la prostration. On nous a pourtant dit que l'inauguration avait lieu à 9h00, 9h30...

 

10h25

J'ai quitté ma place. Même stratégique et bien placée, cette station debout sous cette chaleur commence à peser. D'autres personnes en font autant. Il fait de plus en plus chaud et les ombres sont rares. Sans ce vent froid qui vient de la mer, ce serait beaucoup plus dur. Certains groupes commencent à s'asseoir et à discuter entre eux. Une femme a ouvert un parapluie pour protéger ses enfants de la chaleur. Je commence à comprendre qu'en soi, être ici ressemble à une station au milieu du désert. Il n'y a rien. Nous ne sommes pas en ville. Il n'y a que la colline nue, ravagée par la sécheresse, et la mer. Toujours pas de frémissements du coté des autorités, rien qui nous informe de la venue imminente du Roi. Pourtant, nous nous tenons prêt. Nous sentons qu'Il peut venir d'un moment à l'autre. Et curieusement, plus nous attendons, plus grandit en nous la probabilité qu'Il vienne. Et plus nous nous tenons prêts.

 

10h40

Un événement vient nous sortir de notre torpeur. Sans que l'on comprenne pourquoi, un car de tourisme entre au milieu du terre-plein et s'arrête à coté des barrières métalliques. Une rumeur de chants et de tambours à l'intérieur. Lorsque les portes du car s'ouvrent, une nuée de jeunes, de garçons et d'adolescents grimés aux couleurs du pays, encadrés de vieux entre deux âges, en sortent soudain. Ils chantent, dansent, frappent des mains, cognent des tambours, font flotter de grands drapeaux marocains. Ils crient des slogans en faveur du Roi, chantent à sa gloire. Tout en eux nous fait penser que ce sont des gamins des rues, ramassés je ne sais où pour mettre de l'ambiance. Cette explosion de rouge et de vert a quelque chose d'incongru au milieu d'une assistance blanche, déjà lessivée par deux heures d'attente. Elle a le don d'irriter les spectateurs présents; et pendant quelques longues minutes, la fête de cette trentaine de jeunes survoltés sensée enflammer tous le monde, résonne dans le vide, sonne creux, s'écrase devant l'indifférence excédée de l'assistance. Jusqu'à ce que plusieurs d'entre eux leur intime l'ordre de la fermer. Après quelques hoquets, quelques vaines tentatives de relances, la fête s'étouffe d'elle même, tandis qu'au même moment, leur car quitte la place dans un rugissement rauque.

 

11h20

Quelques officiels se mettent en place sous la tente. De grands costumes noirs vont et viennent. À chaque mouvement suspects des autorités, nous nous disons que cette fois, c'est la bonne. Il y a bien des discussions, des ordres. Mais rien ne se passe encore. J'ai changé de place. Sur un petit promontoire, je domine le lieu de l'inauguration. Le bleu sombre de la mer. La terre orange de la colline. La surface blanche du terre plein. La tente verte. Et ces points de couleurs, épars maintenant, des spectateurs. Les ombres deviennent minimales. Le point de vue est beau, mais je me dis que c'est trop loin pour que je puisse vraiment voir quelque chose. Je me dis que ce serait dommage d'avoir attendu si longtemps pour ne rien voir... Les jeunes du car ont aussi été gagné par la torpeur. Ils attendent tous sous le soleil. Certains s'abritent sous leurs drapeaux.

 

11h45

Un murmure parcours la foule. Le Roi arrive. Chacun commence à regagner sa place. L'agitation grandit. Il y a du mouvement vers l'entrée du lieu de l'inauguration. Une voiture arrive. Puis une deuxième. La foule se tend vers les barrières métalliques pour voir. Le murmure grandit... Mais après quelques instants, c'est une fausse alerte.

 

12h00

Cette fois, des preuves tangibles de la venue imminente du Roi font réagir la foule. Un chambardement de grands camions et de cars. Des soldats en costume beige sont arrivés, entrent en file indienne sur les lieux de l'inauguration puis commencent à se disperser sur le terre plein central, le long des barrières métalliques. Une nuée de policiers aux uniformes bleus clairs affluent également et les accompagnent. Après quelques instants, le dispositif est mis en place: le long des barrières métalliques entourant en carré la place de la tente, se placent, à intervalle régulier, un policier et un soldat qui font face à la foule. C'est donc maintenant une guirlande alternée de soldats et de policiers qui surveille la foule.

Devant nous, le soldat. Plus d'une trentaine d'année sans doute. Il a le visage émacié et un regard dur. Une moustache noire. Son visage est bronzé, presque noircit par les longues stations au soleil qui ont dû, on peut le deviner, jalonner sa carrière. Mais l'on devine aussi qu'il peut le supporter aisément, et qu'il a dû supporter bien pire. Les pieds bien ancrés sur le sol, il plante son corps petit et racé devant la foule, juste à deux mètres, les mains derrière le dos. Il scrute les gens devant lui, et je sens qu'il analyse tout comportement suspect. Il accroche de temps à autre mon regard puis passe à un autre.

À quelques pas de lui, sur le coté, un policier. Sa pose est moins altière. Il porte lui aussi une moustache mais paraît plus âgé. Plus gras aussi. Si sur le visage du soldat se lie une calme détermination à faire le poteau humain, celui du policier est plus proche. On sent qu'il souffre, qu'il a chaud. Il tangue un peu sur ses pieds, prend sa casquette pour s'essuyer le front. Il regarde également la foule.

La présence de ces deux corps d'autorité le long des barrières ranime un peu la foule. Le murmure de cette centaine de personne emplit peu à peu l'espace. Chacun commence à reprendre une place, la plus stratégique possible. Ceux qui étaient assis se lèvent et commencent à se masser vers le lieu du spectacle.

 

12h50

Des conversations se sont engagées avec les villageois et le soldat. Il ne peut nous donner des nouvelles de la venue du Roi. Comme nous, il n'en sait rien. Et comme nous, il attend. Sa prestance est toujours droite, sans faille ni signe de fatigue malgré cette attente de presque une heure maintenant, et la chaleur intense. Mais cet échange et son sourire, parfois, aux vannes des draris du village, nous rappelle qu'il n'est pas un poteau vivant, mais bien un être humain. Les gens le questionnent sur ses origines, sur sa vie quotidienne à la caserne, sur sa proximité avec le Roi.

À ses cotés, à quelques pas de là, le policier est au supplice. Il sue. Il vient parfois s'appuyer sur la barrière. Il discute moins et a même une sorte de mépris bienveillant pour nous. Il ne le dira jamais et ne se laissera pas le penser, mais son regard le dit pour lui. il n'attend qu'une seule chose. Qu'on en finisse, que tout ça s'arrête.

Les pieds endoloris et ankylosés par près de quatre heures d'attente, sous un soleil lourd qui aurait été insupportable sans la fougueuse brise marine, je ne suis pas loin de penser la même chose. Où est le Roi actuellement? Que fait-il? Faire attendre est-t-il un instrument de pouvoir comme un autre? Les autres ont sans doute l'habitude. Mais la graine de l'exaspération commence à germer en moi. Comme tous les autres, je ne peux qu'accepter la situation. L'attente a en tout cas cet effet pervers que plus l'on s'y soumet, plus la probabilité de voir arriver l'évènement est grand, et plus nos sens sont aiguisés en fonction de cet événement. Alors nous attendons...

 

13h10

Arrive soudain un autre camion. Après quelques instants, en descendent des gardes royaux qui investissent également la place. Habillés d'un costume blanc assez caractéristiques, ils se mettent en ligne. Cette fois-ci, plus de doute possible. Le Roi est proche. La télévision est là aussi. Elle fait des tests en filmant la foule, les lieux.

 

13h30

Et puis tout à coup. L'agitation. La vraie. Une clameur approche, lointaine d'abord, puis de plus en plus grande. Elle gagne l'espace comme une contagion. Lorsque la limousine royale apparaît au détour de la piste, l'agitation gagne nos rangs. C'est d'abord des paroles, des « le voilà! », des « il arrive » Ceux qui étaient assis se lèvent et la masse dispersée, blanche, groggy par le soleil et l'attente, commence à s'agglomérer, à se rapprocher des lieux de l'inauguration. La limousine noire ralentit à hauteur de l'entrée des barrières métalliques. Elle est entourée de deux larges gardes du corps, en costumes noirs eux aussi, qui courent au diapason de l'auto royale.

Je suis toujours au deuxième rang d'un groupe de spectateurs qui commencent à se plaquer contre les barrières. Le soldat en face nous regarde, parcoure rapidement des yeux chaque recoin de cette masse informe que nous devenons, au fur et à mesure de l'arrivée royale.

Puis là-bas. La portière s'ouvre. Le Roi en sort sous les vivas. Nous le voyons loin. C'est une silhouette que je distingue à peine. Une flopée de costume l'accueille mais le premier geste du Roi est pour cette foule dont les acclamations redoublent d'intensité. Il les salue de la main et l'agitation grandit. Derrière moi, devant moi. Des « vive le Roi » sonores. Des cris d'hommes, majoritairement, de voix graves. Tous les draris du camion. Leur indolence, leur dérision, leurs réticences à assister à l'inauguration lorsque nous étions sur la route. Tout ça n'existe plus. Ils sont comme transformés. Ils crient à l'unisson des autres. Leurs visage est rouge de cris. De leurs gorges, sortent des « Vive Mohamed VI »; des « Ich al Malik (vive le Roi) » avec une ferveur dont je suis incapable de mesurer le degré de sincérité. Exaltation sincère ou jeu? Fervente ou contrainte? Je suis incapable de le dire, tant leur implication, à cet instant, est totale.

Pour ma part, coincé au milieu de toute cette agitation, essayant d'avoir le meilleur point de vue possible au milieu des nuques, j'essaie de voir le Roi. Il est loin... Il marche rapidement sur le tapis rouge qui le mène jusqu'à la tente. Puis je ne le vois plus, entouré de plusieurs officiels, dont l'un lui montre un plan. Je sais alors que la cérémonie sera rapide. Et l'absurdité de cette situation commence à monter en moi. Cinq heures. Cinq heures d'attente, debout. Pour ces secondes... Pressé de toute part, je suis comme un bout de bois mort au milieu de la ferveur. Je ne crie pas. Je ne lève pas les bras. J'observe juste, avec curiosité et une avidité de débutant, ce cérémonial dont les tenants commencent à m'échapper. Le soldat le remarque, mais il sait que je ne suis pas dangereux. Sous son regard interrogateur, je me libère et m'extirpe de la foule. Je m'éloigne. Le barrage de la liesse populaire me masque l'inauguration mais je n'ai pas besoin d'en voir plus. D'ici, j'observe sereinement les choses. Les drapeaux marocains, les bras levés, les cris. Ce lieu désert et aride, qui tremble à cet instant d'une ferveur peut-être enthousiaste et sincère, mais qui me fait l'effet d'une sorte de réflexe pavlovien collectif...

 

13h50

La cérémonie d'inauguration n'a duré qu'un quart d'heure à peine. Après le départ du Roi, l'ordre de l'attente laisse place au désordre de la libération. Les soldats se mettent en rang et partent, des hommes enroulent le tapis rouge devenu poussiéreux, et tout s'ébranle dans un fin nuage de poussière. Nous sommes dirigés vers les parking de fortune d'où nous sommes venus et lorsque nous y arrivons, nous attend un chaos indescriptible. Sous la fumée des pots d'échappement, des bruit des moteurs, chaque camionnette qui veut se libérer est coincé par une autre dont le propriétaire n'est pas encore arrivé. Les voitures y ont été tellement imbriqués que ça en devient aussi compliqué que de défaire un noeu. Ça crie, ça gesticule, ça klaxonne. Sous la chaleur écrasante, les policiers et les gendarmes en sueur étouffent leur sifflet. Un homme, fou apparemment, crie de toute sa rage des insultes confuses et graves à tous, au milieu de l'indifférence affairée de la foule. Nous sommes dans la camionnette. En sueur. Poussiéreux. Lourd de fatigue...

Voilà. C'était ma rencontre avec le Roi, avec mes villageois qui, de temps à autres, continuerons à être sollicités lorsque le Souverain viendra dans la Région. Pour ma première, mon oncle s'accorde à dire que ce n'était pas facile. Que d'habitude, ça se passe beaucoup mieux, beaucoup plus rapidement. Mais ce sont les aléas des inaugurations.. La camionnette s'ébroue, la taule claque. La piste. Une heure de route ou deux nous attend... Si Dieu Veut.

 

 

 

Le soir même, à 20 heure, dans la maison, nous attendions avec impatience les informations à la télé sur la première chaîne nationale, et les activités royales. D'habitude, nous passons aisément ces introductions obligés des actualités, mais là, nous avions hâte de nous voir à la télé. Nous nous sommes vus. Ce jour là, le Roi avait inauguré 3 grands projets dans la même matinée. J'ai revu le tapis rouge, l'espace blanc, la mer. Un plan sur les gens autour. Ça a duré 10 secondes.

 

Mohamed Saïd, fait à El Hoceima, Tanger, Paris, Lyon,du 23 juillet 2007 au 1er décembre 2011. 

 

Commentaires

Travaillé sur ce texte jusqu'à aujourd'hui, fichtre ! Cependant, je crois que ça en valait la peine. Et ça valait le coup de t'attendre.

Écrit par : Cristophe | 01/12/2011

Tu es sûrement un grand auteur, mais pourquoi avoir mis quatre ans, quatre longues années pour pondre ce texte!

Peut-être que la situation des houceimis vue de Tanger, de Lyon et surtout doit paraitre bien misérable!

Le défaut des marocains installés à l'étranger est qu'ils sont complètement disqualifiés quand ils parlent du bled et des oulad al blad.

Un Jean Dupont aurait écrit le même texte, avec le même de conviction.

Écrit par : marokino | 01/12/2011

Cristophe -> Je suis dans la phase: "il faut que je termine tous les textes que j'ai commencé", et c'est le premier que j'ai voulu (et pu surtout!) achever :) D'autres vont suivre j'espère :)


Marokino -> Bonjour, je voulais mettre une note explicative au début, mais je me suis dit que ça alourdirait un texte déjà bien conséquent. C'est donc très bien que tu me poses la question. J'ai mis 4 ans pour ce texte, parce qu'après avoir fait une première partie, qui a été publié sur ce blog en 2007, toute la seconde partie, que j'avais travaillé d'arrache pied, a été emporté dans un bug définitif de pc. Je n'ai pas eu la force ni l'envie de le réécrire, et surtout, j'étais passé à autre chose.

Aujourd'hui, j'avais à coeur de terminer des écrits, des anecdotes qui me paraissent intéressantes (pour un recueil que je prépare) et cette nouvelle en fait partie. je suis un marocain qui vit à l'étranger, j'ai le regard d'un étranger, que ce soit en France ou au Maroc, je ne prétend pas à autre chose, au contraire. Chaque regard est important, le tiens, que je respecte, le mien, même celui d'un "Jean Dupond" comme tu dis.

Pour terminer, je n'ai pas fait ce texte pour des raisons politiques, ni pour dénigrer les marocains ou le Roi, mais pour raconter une expérience personnelle très intéressante et qui méritait d'être racontée et partagée.

Écrit par : Mohamed Saïd | 01/12/2011

Je te sais gré de tes explications : cela démontre ta bonne foi et le courage de tes idées!

Ce n'est pas souvent que sur un blog marocain l'auteur daigne répondre à ses contradicteurs!

Bonne chance pour le travail littéraire que tu projettes.

Écrit par : marokino | 02/12/2011

Merci Mehdi, d'avoir retrouvé republié et partiellement réécrit ce texte.
Comme tu sais, j'avais été très impressionné par sa qualité narrative, par l'évocation de ses bruits, ces couleurs, cette poussière qui vole sans cesse autour des camions.
Tout du long, il y a une lumière, un éclairage fort. Simplement parce que celui qui nous raconte cet épisode si particulier, sait relater à partir de son ressenti, à partir de sa qualité d'auteur.

Pour les non-Marocains qui ont vécu dans des bled hors des circuits touristiques, pour ceux qui ont entretenus des rapports étroits avec des Marocains "normaux", cette narration est forte, si émouvante et si loin de ce que les habitants des grandes villes, nos amis internautes Marocains modernes veulent bien nous transmettre de la réalité du pays, que l'on ressent encore plus le décalage de fait entre le Maroc riche des grandes villes et le Maroc traditionnel, pauvre et soumis aux petites autorités locales, courroies du Palais .
Ton récit transmet bien cette étrange fatalité qu'entraîne la soumission au besoin de l'appareil royal de voir se manifester une adoration irréelle.
Je vais pointer cet épisode sur Twitter, diaspora et G+, j'aimerais bien que ce soit lu par plus de gens.

Écrit par : leblase | 06/12/2011

Marokino -> je te remercie, et je te sais gré de lire ce blog :)

Leblase -> Je t'ai dédié ce texte car c'est toi qui m'a (indirectement) motivé pour le réécrire et comme je fais une confiance totale en ton jugement... :)
Pour ce qui est de la soumission aux inaugurations des villageois que j'ai accompagné, je ne sais pas ce qu'il en est ailleurs, mais ils payent aussi le fait de cultiver le cannabis, avec l'aval bienveillant des autorités locales. Cela nécessite bien de se rendre service de temps en temps.

Écrit par : Mohamed Saïd | 19/12/2011

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