07/01/2011

Le ventre mou de la vie

 

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(c)

 

Il existe une expression sportive que j'aime bien, et qui éveille en moi, à chaque fois que je l'entend, une image bien précise : Être dans « le ventre mou » du classement....

Cette phrase fait référence aux équipes sportives qui stagnent a une place médiane de leur championnat. Trop loin des premières places pour penser au titre. Trop loin des dernières places pour être inquiétées par une relégation... Une place intellectuellement confortable en somme, sans stress dû au besoin impérieux de gagner, et sans peur toxique liée à la possibilité de perdre.

 

Quand je pense à cette expression, me vient immanquablement l'image d'un ventre mou en effet. Un ventre dans lequel on peut enfoncer profondément son doigt sans crainte de rupture. Un ventre qui peut subir tous les chocs sans en être affecté outre mesure. Une sorte d'air bag rassurant, qui absorberait tous les chocs. Un matelas sans ressort, dans lequel on ne rebondit pas. On s'y enfonce juste, apaisé.

 

Je ne pensais pas que ça m'arriverait un jour, mais je crois que je suis dans le ventre mou de la vie. Je veux dire, tout se passe bien. J'ai 30 ans. Rien n'est grave. J'aime. On m'aime. C'est confortable. C'est doux. C'est mou. Comme de la musique lounge. Comme un lit dans lequel on descend trop profondément, et qui finit par nous envelopper dans son confort, au point que l'on peut voir les deux bords en arc au dessus de nous, masquant un peu le plafond. On essaie de s'y relever, mais l'effort consenti ne vaut pas la peine. On est fatigué, trop fatigué pour se débattre et se relever, fatigué de lutte, dans cet univers qui épouse exactement les angles de vos propres faiblesses.

 

 

Mon style d'écriture est également dans le ventre mou du classement. Un peu trop sûr d'elle même. Et vidé de sa profonde peur de l'échec. Vidé de ses névroses, de ses doutes... En fait, c'est plutôt que toutes les névroses du monde ne peuvent que s'enfoncer paisiblement dans les sables mouvants de ce ventre. J'écris de la soupe, quand je m'y met. Alors je n'écris plus.

 

 

N'est-ce pas ce que j'ai toujours voulu ? Une sorte de paix, ou quelque chose qui y ressemble ? Sortir d'un schéma mental qui me menait à ma perte ? À l'auto destruction ? J'aime une femme. Cette femme m'aime. Elle m'aime malgré tous ce que je suis. Ma pauvreté. Ma sincérité. Ma faiblesse. Ma complexité. Elle m'accepte comme je suis... Comme je ne me suis jamais accepté moi-même et comme tant d'autres femmes ne m'ont jamais acceptées. Et moi je l'accepte comme elle est. Je l'aime comme elle est. Belle, imparfaite, douce et terriblement tolérante.

Ma dépression devient alors sereine. Mes angles s'arrondissent. Je ne déchire plus le réel. Et le réel m'envahit mieux. Je rentre dans le rang. Ma vie est douce. Sans ma douleur, sans ma solitude, ma vie est ennuyeuse. N'est-ce pas ce que j'ai toujours voulu ? espéré ?

 

 

Mohamed Saïd, fait à paris le 07 janvier 2011, à 22h33

 

 

 

Cafe Américane - L'amour

Commentaires

Essaie chaque jour de surprendre ta belle, ça ne devrait pas être mou ! d:-)

Écrit par : Cristophe | 13/01/2011

Tsst Tsst..
Je suis heureux que tu ne souffres plus tant. L'amour est le premier besoin passés l'air, l'eau, le pain.
L'amour est ce premier fantôme, ce besoin exigeant, cette douce complaisance, ce meilleur compagnon pour ouvrir les portes de notre propre vie, laquelle est en constant conflit avec le réel.
Cela ne doit pourtant pas faire taire ta plume. Souviens-toi de Flaubert: "que vous ayez ou non quelque chose à écrire, écrivez-le: 20 lignes par jours".
Si tu peux, trouve-le livre de Harry Mathews qui en est inspiré: "20 lines a day"
P.S. Pourrais-tu m'indiquer où est ta série sur le déplacement forcé pour aller acclamer le roi, car je viens d'en parler sur le shplouc et j'aurais aimé y mettre un lien.
Amitiés

Écrit par : leblase | 06/02/2011

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