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08/07/2010

Brèves de la médina (1/5)

Rêve au sebsi

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Il abouche les deux parties de son sebsi, sors un petit sachet de kif. Il se met toujours derrière le grand frigo de sa boutique pour fumer tranquille. Il se réveille avec, dors avec. Il « ouvre ses yeux » comme il dit.
J’aime bien Anouar. Au fil du temps, j’ai vu pourtant le kif le transformer. Il est devenu moins vif. Son intelligence très acérée, sa répartie automatique, tout cela s’est un peu enfumé, même si c’est encore là. Je crois que comme moi, comme beaucoup de personnes en fait, Anouar a un noeu dans la tête. Le noeu de l’inexpliqué. Un noeu qui a rompu le sens tranquille des choses, où tout ce qui allait de soi, avant que la réalité de la vie fasse des siennes, est devenu beaucoup plus difficile à expliquer.
-Fais fumer…
Il me regarde. Il sait que je plaisante.
-ça, ça ne fonctionnera pas avec toi.
Il tire une longue respiration sur le calumet, puis souffle dedans, expulsant les restes carbonisés du kif au bout.
-Pourquoi ça fonctionnerait avec toi, et pas avec moi ?
-Parce que j’ai pas envie d’appeler l’ambulance.
-Quelle ambulance ? C’est que du kif, c’est beaucoup moins puissant que le haschisch.
-C’est ça ouais… Tu vois l’algérien, qui est venu de France avec Rédouane la dernière fois ? Celui qui fumait joint sur joint ? Je lui ai fait fumer ça, il s’est chié dessus.
Je rigole.
-Tu ramène de la double zéro ou quoi ?
-C’est même pas de la double, mais de la triple zéro. J’ai fait fumé ça à un pote la dernière fois, j’ai cru qu’il allait faire un arrêt cardiaque. Ses yeux sont devenus tout blancs. Moi-même j’ai flippé. Mais il voulait se la raconter, ça lui apprendra. Faut pas donner ça à quelqu’un qui connaît pas…

Quand il fume, Anouar devient beaucoup plus volubile et jovial. Il me parle de pèche, sa nouvelle marotte. Sur les rochers du Cabo Negro ou de Bel Younech. Se placer au bon endroit, appâter le poisson avec des crevettes, les attentes, les tagines que l’on cuit sur place. Je me tais un peu, et je les laisse ses yeux s’envahir d’un peu de bleu. Je sais qu’il est alors un peu loin.

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