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10/01/2010

Jusqu'au bout.

"Irréconciliable avec la réalité/ Face aux exigences de la liberté..."

NTM - Est-ce la vie ou moi

 

(c)

Attention, ce texte contient des scènes explicites. Vous pouvez lire l'avertissement avant de le commencer, que je fais en commentaire. merci :)

 

C'est le coin où je vais quand je suis en manque de thunes. Les toilettes de la gare Saint Lazare. Je donne un euro à la martiniquaise à l'entrée. Elle actionne manuellement le tourniquet pour me laisser passer. Puis je m'enferme dans l'une des cabines de chiottes. Les murs sont noircies de graffitis, de formules plus ou moins choc: "Niques les arabes, bandes de fils de putes"; "Représente Bondy"; "Je baise tous les blacks, j'encule tous les rebeus"; "Niquez vos races"...

Il n'y a que dans les chiottes, lieu d'intimité ultime, qu'on peut écrire ces mots, où l'on peut chier ce que l'on est vraiment. Les lire, pendant que je pissais, m'était assez agréable. Mais ça me gênait aussi, parce que des fois je bandais. J'aime l'outrance. Les dessins de sexe, de pénétrations anales, les croix gammées, les messages revendicatifs des cités, bref, toute la connerie et la bestialité humaine étalés sur ces quatre murs. Ça fait de la lecture.

Mais ce n'était pas ça que je cherchais... La majorité des mots gribouillés dans ces lieus sont des numéros de téléphones portables, avec des annonces, type: "Suce bite de rebeu ou de black. 50 euros. Appelez au ...", "Grosse bite bien juteuse exigée. appelez au ..." Il y en avait des dizaines, des écritures franches, ou à peine marquées. J'imaginais ces ptits blancs, car c'était souvent eux, les petites pédales en mal d'exotisme qui, après vous avoir sucé, vous demandaient s'ils pouvaient vous enculer pour 50 euros ou 100 euros de plus. Je refusais toujours. Je suis une belle salope, mais j'ai toujours eu cette fierté là. On m'encule pas. Ils avaient beau insister, tenter sur moi toutes leur manip à deux balles, ils se calmaient sec quand je commençais à m'énerver. Alors ils fermaient leur gueule. Des fois, ils me tendaient leur cul, puis ils se branlaient pendant que je les prenais. J'arrivais à gagner dans les 200 euros. C'est pas le genre de travail dont on rêve quand on est gosse. Mais on fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie.

 

-Tu veux boire quelque chose?

Il cherche dans un frigo sommaire, sort une bouteille de bière. Ça fait un bruit de tintement. Dans ce frigo, d'autres bouteilles. Deux yaourts. Une salade de carotte entamée. Une quarantaine d'années. Un peu chauve. Le visage fatigué, érodé. Le genre de gars à avoir la bite molle et paresseuse à cause des antidépresseurs.

Dans le studio, une table, une armoire. Des magazines de cul par terre. Rien à cambrioler, au cas où l'idée me viendrait de lui briser la bouteille sur sa gueule. Les volets à demi fermés laissent la pièce dans la semi obscurité. L'air sent un refermé lourd, rance, une sorte de moisi propre à toutes les pièces renfermant une vie de merde. Revenir du taf, se faire à bouffer rapidement, se poser devant la télé, se branler en regardant des photos de culs de blacks tout en s'enfonçant des trucs dans le cul, dormir. Les urgences en sont pleins de ces couillons, à qui il faut retirer de leur cul toutes sortes d'objets.

Il me tend une bouteille: -Tu t'appelles comment?

Je bois un peu. Je le regarde. Une vraie tête de looser. J'ai aucune envie de faire connaissance. En fait, dans ces moments là, je n'ai même pas envie de faire connaissance avec moi-même. Je suis un autre. Je regarde la scène.

-Je m'appelle Jean Pierre, et toi.

Il ne tique même pas. Il a dû s'en enfiler des cas sociaux. Je lui plais. Ça se sent. J'ai une bonne gueule d'arabe. Mince, avec des muscles petits et nerveux. Il bande déjà sous son fut. Je lui demande les 50 euros d'abord. Il me fait assoir sur le clic clac, ouvre ma braguette. Il est un peu déçu. J'ai pas la bite aussi longue qu'il l'aurait voulu. Mais elle est grosse. Et bander n'a jamais été un problème pour moi. Je banderais même devant un pot d'échappement. L'effet, pas toujours négatif, de la rareté. Je ferme les yeux... Je rassemble mes souvenirs... Une grosse poitrine qui bouge à la verticale devant soi... Les mouvements de fesses que l'on prend à pleine main, en les malaxant. Un cul bien tassé qu'on voit défiler devant soi... J'extirpe de ma tête tous ces bouts, ces petits films intimes, le mouvement d'un muscle fessier derrière une culotte, le va et vient tournoyant de seins, le gémissement, le râle pressant et suffocant d'un orgasme en devenir. Je colle bout à bout tous ces moments chauds, rouges, humides, en essayant de combler les quelques trous de la froide réalité. Je ferme les yeux. Je ne sens que le contact humide. Une bouche mouillée sur mon sexe, une langue. Je ferme les yeux...

Une femme qui ferme les yeux devant vous, pendant que vous la baisez, est à l'écoute des sensations de son corps, de ses sensations de plaisirs, elle les cherche, les sent un peu, les tire vers elle quand ils sont balbutiants. C'est presque bon signe. Un homme qui ferme les yeux devant vous, il imagine baiser une autre femme que le gros tas que vous êtes. Un homme est entièrement guidé par le visuel. C'est comme un requin sans cerveau qui ne voit que la viande. Il est avide. Il a besoin de voir des fesses, des seins, le rictus de plaisir que prend sa partenaire. Il peut baiser Monica Bellucci. S'il la baise dans le noir, il débande.

Lorsque l'on prend un regard extérieur, on voit un pauvre type fatigué, entre deux âges, sucer un jeune beur, dans un décor d'appartement sombre et sale. C'est le vrai visage des choses. Ma vie, lorsque l'on prend un regard extérieur, ne vaut rien. Elle pue la défaite. Elle est glauque. Elle est humide comme l'humus de tous ce que j'ai rêvé un jour, et qui ne se réalisera jamais, non pas que j'en ai pas le pouvoir, ni la volonté, mais parce que c'est comme ça, c'est tout. Ma vie sent la bite. Mais elle existe. C'est l'une des couches horizontale superposée sous toutes les couches de la vie normale. Il suffit de creuser un peu. Vous me trouverez là. Il suffit de soulever les rochers, je serais là, dans ce clic clac puant, en train de me faire sucer.

 

Il m'a donné 600 euros pour m'enculer. 400 pour que je la ferme. Je n'ai rien trouvé à redire. J'ai accepté. Presque sans réfléchir. Il est là. Derrière moi. Il sue, souffle, respire fort, il n'est plus le quarantenaire silencieux et dépressif de tout à l'heure. Il est vivant tout d'un coup:

"Tiens, prend ma bite dans ton cul, sale arabe de merde! Je t'encule maintenant hein? Fils de pute ! Enculé de ta mère! Qui c'est qui t'encule bien profond maintenant hein! Qui c'est qui t'en met plein le cul espèce de salope! Tiens, prend ça ! Alors le crouille, tu ferme ta gueule maintenant hein? T'aime ça, te faire enculer, hein? T'es bon qu'à ça hein, espèce de salope? Je vous encule tous, toi et tous tes frères de merde, un à un! Tiens, saloperie, prend toi ma bite dans le cul, sale arabe d'enculé de ta mère!

Il laboure avec une frénésie qui commence à me faire mal, même avec sa bite moyenne. Il jouit soudain avec un plaisir bruyant. Il s'arrête, reprend difficilement son souffle. Il est exténué, mais heureux putain. Il se retire, souffle encore bruyamment. Il me regarde maintenant avec un mélange de puissance et de dégout. C'est un autre visage, heureux de haine. Je ramasse les billets, silencieux, chancelant, comme pris d'une torpeur étrange. Il me regarde m'habiller. Il retire le préservatif. Il souffle encore, il s'appuie les deux mains sur la table, puis il me dit, haletant:

-Maintenant casse toi...

 

Ce n'est pas un jour normal. Aucun ne l'est pour moi. Le métro aérien passe en trombe. Les bâtiments anciens, gris de l'asphyxie de la ville, font deux rampes hautes de chaque coté de l'avenue. Des trainés de pisse qui font des fils assez fins sur le trottoir. Des voitures garées. Des murs tagués. La nuit est entamée depuis longtemps... Et dans ce Paris crade et nocturne, je recouvre peu à peu mes esprits. J'émerge. Et je me rends compte, soudain. Je me suis fait enculer. Je sens encore les mouvements de son sexe dans mon cul. Je sens encore les vibrations. Putain... ça devrait m'anéantir, mais non. Il y a toujours un pan de territoire interdit que l'on franchit, une frontière que l'on recule. Et lorsqu'on dépasse ce que nous avons toujours refusé, on se rend compte que c'est moins grave qu'on ne le pensait... On se rend compte, que l'on peut le supporter. Qu'en fait, on peut tout supporter, lorsque nous le faisons, ou le subissons nous même.

Le froid fait sortir de la buée de ma bouche. Je m'arrête un moment. Et je me dis: Et si c'était aujourd'hui.... Et si c'était aujourd'hui qu'il fallait le faire... "Tu regarde qui, fils de pute?" Il détourne le regard, rapidement, puis marche vite, de sa démarche d'hésitant congénital. Une sous merde... On n'est pas loin de Stalingrad. Lorsque j'arrive devant son appartement, je sonne. Une fois en haut, elle s'est déjà mise en slip. Une sorte de grosse vache avec un gros cul. Elle m'ouvre, referme la porte derrière moi, me regarde: "Alors mon Abdel, ça fait longtemps que t'es pas venu me voir... Tu crois que c'est un moulin ici?"

Je regarde cette chose, sors mon sexe: "Je suis pas venu ici pour t'écouter parler, alors suce ça, dépêches toi..."

Elle fait mine de protester, mais entre ma grosse bite et sa dignité, elle a déjà choisie. Elle a toujours choisi. Elle la prend d'une main et commence à la tirer vers elle. Je la retiens par les cheveux: "Je t'ai dit quoi grosse pute? Pas tout de suite, suce d'abord "

Elle s'exécute, le regard presque apeuré.

Il est de ces femmes à qui il faut parler comme ça. Comme à des merdes. Ça les excite. Et elle, salope qu'elle est, me veut tout entier en elle, dans son vagin qui bulle maintenant d'excitation. Dans le sentiment d'un danger, la peur fait accélérer le rythme cardiaque. L'esprit ne fait pas la différence entre un sentiment dangereux et un sentiment d'excitation. Le cœur bat plus fort. Et cette émotion vive a été provoquée par vous. L'esprit prend ça pour de l'amour, de l'attirance, ou quelque chose qui s'en approche. On appelle ça l'appropriation émotionnelle.

Je lui tire les cheveux pour retirer sa bouche.

-Donne ton cul, maintenant...

Je n'ai aucune considération pour elle. Je la baise sans aucuns soucis de lui faire plaisir, violemment, lui frappant le cul à grand coups de poings: "Plus vite, bouge ton gros cul, salope! Plus vite!" Elle crie, pleure presque, caresse son clitoris de plus en plus frénétiquement. Elle se déteste et s'aime en même temps, aime ce plaisir corrompu, sale, ignoble. Elle se cracherait dessus si elle se voyait avec ce regard extérieur qu'aucun être humain n'a vraiment le courage de porter aux choses. Plus tard, dans sa solitude insondable, elle y repensera, se détestera et pleurera avec une sincérité absolue. Ce ne sont pas des choses qu'on montre. Elle se trouvera salope, impardonnable. Et puis, son clitoris la démangera de nouveau. Son envie d'accueillir une bite, profond en elle. Elle oubliera.

Elle ouvre la fenêtre pour fumer. Je suis dans la salle de bain, me savonnant les mains. Un rasoir qui traine. Quelques affaires sales, des caleçons.

-Comment va Mimoun?...

-Ce connard? Toujours au taf...

-Toujours veilleur de nuit à l'hôtel?

-Ouais...

Elle s'est habillé d'un peignoir rouge. Elle expire sa fumée dehors, son gros cul serré dans le tissu. Elle à une bonne trentaine d'années. Elle est conne. Une pétasse de merde. Comment il a pu se marier avec cette vache... Il doit se douter que c'est une grosse salope. Pourtant il l'aime. Il me l'a dit encore, y a deux semaines. Il l'aime comme on aime une corde qui vous retient du vide...

J'ai rencontré Mimoun à l'hôpital psychiatrique. Ça date d'il y a quelques années. C'était mes années de fac, en socio. On peut pas dire que c'était du surmenage, j'en foutais pas une. Mais c'était juste que j'étais perdu. Je découvrais trop de choses en même temps, le dessous des choses, et ce que je voyais me faisais gerber. Je me tuais à l'alcool, à toutes sortes de saloperies. J'étais jeune et con. Mon terminus ne pouvait être que là-bas. Nos chambres étaient contigües. Je l'entendais se branler à coté. Des fois, il ramenait des mecs qui le suçaient ou à qui il suçait la bite. Il aimait bien ça. Il a sucé la mienne bien des fois. On se branlait aussi ensemble, en pariant sur celui qui ferait le jet le plus loin. Ça voulait pas dire qu'on était pédé ou quoi. On tuait le temps, c'est tout.

Mimoun venait d'un quartier pas trop loin de chez moi. Lorsqu'il a voulu monter son business, en achetant ses 3 premiers kils, il était déjà grillé. Il a retrouvé dans la boite aux lettres de ses parents des tags d'insultes et des menaces. Toucher à la famille, c'était la chose la plus insupportable. Mais il n'était pas assez entouré. Il est parti riposter avec son couteau. Ils l'ont tellement roué de coups à coup de barres qu'il se tenait même plus sur ses jambes. C'était des frères en plus, des anciens potes d'enfance. A l'intérieur de lui: l'infinité de sa rage a fini par se briser sur l'infinité de son impuissance. Une trop grande fierté matée. C'est comme s'il s'était déchiré en lui-même. Il a craqué.

Il a rencontré Jeanne à l'hosto aussi. Elle était pas spécialement belle. Elle était juste très ronde, avec des seins ronds et des fesses débordantes. Et ça, quand on passe plusieurs mois en HP, ça suffit pour vous faire éjaculer dans votre pantalon. On sentait aussi qu'elle avait un grain. Elle avait dû se faire violer régulièrement par son père, son beau père ou le jardinier, qu'est ce que j'en sais, comme toutes les femmes qui tournent dingues et qui aiment bien qu'on les salisse. Mimoun, de son coté, avait déjà en tête de se ranger, de trouver un travail pépère, et de mener une vie sans histoire. Bien sûr, ça s'est pas fait tout de suite. C'est jamais évident au début.

D'ailleurs, on peut pas dire qu'on pouvait la lui faire facilement à Jeanne, c'était pas la bonne petite conne du bon Dieu. Elle en connaissait un rayon sur les hommes. Lorsqu'elle s'est pointée à l'entretien pour un taf qui nécessitait d'être à l'aise au téléphone, elle a été prise tout de suite, on l'a dirigé vers le sous sol, au milieu d'autres femmes qui tenaient déjà le leur, de téléphone, et la première voix qu'elle a entendu disait: "Alors ma salope, il est de quelle couleur ton string... Pose ton cul sur mon visage, que je mate ça..."

Le monde du téléphone rose est un monde comme un autre. Il y a des locaux, des horaires. On attend les appels rentrants. On attend en discutant. Autour d'elle, des femmes lisaient des magazines ou faisaient de la couture en faisant des "Oh oui... Vas-y... Mmmh..."; Il y avait des fois où elle tombait sur des cas sociaux finis 'T'es mineur, ma petite chatte?"; "Tu vas encore à l'école, foufounette? Viens voir papa...". Il y avait le bouton "17" pour ce genre de cas. Ça enregistre la ligne direct et transfère le numéro à la police. A la fin de la journée, quand elle était crevée d'entendre toutes ces conneries, elle balançait direct les lignes.

Elle écrase son mégot dans le cendrier, expire les dernières fumées en pinçant ses lèvres, avec une sorte d'impatience caractéristique. J'ai fini de me laver. En général, à partir de ce moment, on a plus rien à se dire. Et je me casse. Mais là, j'avais envie de lui dire quelque chose. J'avais envie d'aller jusqu'au bout. Elle est étonnée d'ailleurs, de me voir encore là. Ça l'empêche de prendre son gros gode qu'elle cache dans son armoire, et qu'elle a très envie de s'enfoncer dans le vagin.

-Tu sais, Jeanne... je réfléchis... Et je me dis que t'es une vraie salope quand même...

Elle rit. Elle referme la fenêtre.

-Qu'est-ce qui y a Abdel? Tu découvre les choses maintenant?

-Mimoun c'est un mec bien. Il t'aime bien. Et toi tu fais ta pute pendant qu'il part au taf...

-Il a qu'à me baiser plus souvent, cet enculé!

-Mais qui sait qui va te baiser, espèce de connasse? Lave-toi d'abord la chatte. Elle pue la pisse. Ça fait bien longtemps que j'ose même plus te la bouffer. Moi, je te baise, parce que j'aime bien les gros culs, mais qui peut bander devant des chiottes!

-Tu peux parler espèce d'enculé de ta mère! Tu baise la femme de ton pote je te rappelle! Tu veux que je lui dise, quel genre de pote t'es?

-Qu'est-ce que j'en ai à foutre de toi et de Mimoun? Mimoun, c'est un trou du cul. Il a rien trouvé de mieux que de se faire enculer par la société, et de se marier avec une pute!

-C'est ta mère la pute! Ça te plait de me baiser pourtant, hein, sale pédale!

-Je te baise parce que j'ai mal à la main droite. Mon poignet est plus excitant que toi, crasseuse! Tu seras toujours ça, Jeanne, tu seras toujours un trou entre deux fesses, une pétasse crasseuse qu'on baise parce qu'on peut pas se branler...

 

Je descends rapidement les escaliers en riant. J'ai juste le temps d'éviter un verre qui vient s'écraser à quelques mètres de là.

"Enculé! Fils de pute! Enculé de ta mère! Pédale! Reviens plus jamais ici, je te jure, je te tue! Je te tue, pédale de merde!"

Les hurlements s'estompent quand je referme la porte principale. Je les entends encore, en m'éloignant. Les rues sont serrées. Bientôt, je rejoins le pont du métro aérien. Le froid est encore plus dur. Je respire des cristaux. Il est 3h. L'heure de l'immobilité des choses, et du silence calciné des solitudes... Sous le pont, mes pas résonnent. Une voiture passe, esseulée. C'est comme si le chuintement de son moteur emplissait le monde, à l'heure où le bruit d'une respiration suffirait... Le désert dans la rue. Dans la tête. Dans les yeux. Et si c'était aujourd'hui. Et si c'était aujourd'hui qu'il fallait aller. Il y a toujours un tunnel. Une lumière que l'on a peur de regarder en face. Là-bas. Très loin.

Mais il y a toujours un puits aussi. Une lumière, tout en haut, qui s'approche un peu, léchant les murs, un peu plus haut de vous. Une lumière à l'échelle de votre profondeur, qui vient vous effleurer, là haut, trop là haut, à heure fixe. Quand elle passe, vous savez qu'elle disparaitra pour très longtemps.

 

 

"Rien de va plus!" La voix raisonne parmi le brouhaha des discussions, des commentaires, des exaspérations et des jetons jetés, ramassés. Je mate la croupe de la croupière, serré dans un pantalon noir impeccable. Elle a les yeux fatigués. Le regard neutre. Les cheveux bien attachés. Meuble humain, un tiroir humain, qui bouge, place des jetons, va et viens entre les parieurs. On sent qu'elle n'aime pas cette heure de la nuit. On sent, derrière sa neutralité de façade, qu'elle est impatiente de quitter l'endroit pour pas se coltiner ce zoo. Quand les gens raisonnables sont partis et qu'il ne reste ici que les drogués pathologiques, les loosers qui ne peuvent décrocher, les alcolos prostrés, les restes humains que la nuit a digérés. Après 5 heures du matin, c'est le ramasse merde. L'ouvrier arabe qui a laissé sa femme et ses cinq gosses en train de dormir à la maison, pour tenter sa chance en jouant la moitié de sa paie du mois, pour le perdre aussitôt. Le banlieusard assis sur le banc en bois, qui regarde, les yeux rouges, la roue tourner. L'hindou crevassé. Des types au teint cireux, aux yeux fatigués. Des chômeurs, des pensionnaires de misères, des travailleurs payés selon les préceptes de ce fils de pute de Ricardo. Pour ces sous merdes sans éducations, sans créativité, sans relations et sans rien d'autres que leurs mains, le hasard est leur seul espoir d'être riche, d'avoir une vie supportable. Mais le hasard encule les pauvres, sodomise bien profond tous ces connards et les rendra à leur vie de merde. Et moi, debout sur la rambarde, je regarde ça.

La boule est une création du diable. Une sorte de jeu de foire qui tue. Lancée par le croupier par une queue de billard, elle roule lentement, doucement, sur le tapis, jusqu'à s'insérer dans la roue, avec un bruit métallique... Elle roule sur les cases de cette roue, tourbillonne longtemps sur l'une d'elle, s'en échappe, reviens, retourbillone encore sur une autre case, accélère soudain pour s'éloigner franchement, puis recule... Cette boule peut rendre fou... Ce n'est pas comme à la roulette où après quelques tours, la bille se cale définitivement sur le chiffre. Non. Le jeu de la boule est une torture sans fin. Cette pute défie les lois de la gravité. Elle a un fonctionnement quantique, hasardeux. Elle a été faite pour rendre fou, pour qu'on suive les circonvolutions de sa trajectoire jusqu'à la monomanie.

Il y a cinq couleurs. Le vert, le rouge, le jaune, le blanc, et l'unique case bleue, celle qui rapporte 26 fois la mise... La roue est composée de plusieurs chiffres sur ces couleurs, 1, 2, 3, 4, soit autant de fois la mise remportée. J'ai une chance sur quatre. C'est beaucoup plus ouvert que dans tous les carrefours de ma putain de vie. Elle tourbillonne encore. Le blanc... Le blanc... Allez... Je manque d'en faire tomber ma bouteille de Suze... Le blanc... Le blanc... Cette salope de couleur que j'ai cherché toute ma vie, je la trouverais peut-être ici, dans ce Cercle... La boule ralentit à l'extrême... Après avoir roulé sur la case ronde et creuse du vert, elle s'en détache soudain, sous les cris d'exaspérations de ceux qui avaient pariés sur la couleur, elle passe sur le rouge, le blanc, puis après d'interminables hésitations, elle s'immobilise enfin.

"Jaune, 2 fois la mise!"

Les croupiers ramassent tous les jetons, les encaissent; paient ceux qui ont gagnés. Je regarde toujours le cul de la croupière. Elle passe en mimant une sorte de sourire triste pour moi.

-Rend moi mes thunes.

Elle a vu que je lui parlais, mais le brouhaha habituel des fins de partie a masqué mes paroles.

-Pardon, Monsieur?

-Rend moi mes thunes.

Quand elle saisi le sens des mots, elle a une sorte de sourire bienveillant, hésitant, comme si elle ne pouvait se résoudre à sourire à ce qu'elle prend pour une blague. Mais on sent que dans un coin de sa tête, elle comprend douloureusement que c'en est pas une, mais elle se réserve un bénéfice du doute rassurant, que je balaie soudain.

-Tu comprends pas ou quoi? Rend moi mes thunes!

-Pardon, Monsieur, mais vous avez misé sur blanc, et votre mise est perdue...

Je suis assez irritable après 4 bouteilles de Suze. Mon attention est comme focalisé sur la chose. Et la simple vue de ce visage désolé décuple ma rage.

-Ecoutes, connasse, tu rends mes mille euros tout de suite ou je casse tout ici!

J'ai crié ça de manière gutturale, comme quelque chose venant de profond, d'en devers moi, comme si j'avais éjaculé toute ma rage. Ça a éclaboussé partout, ça a raisonné dans la salle. Les gens se retournent. Un silence se fait soudain. Cette fois, je la sens rassurée. Il y a plus d'entre-deux bizarres, mais une situation en correspondance avec ce qu'on lui a appris des cas d'urgence. Elle passe le relais.

-Bonjour Monsieur. Il n'y a quelque chose qui ne va pas?

Le chef de salle. Le deuxième échelon. Dans ce monde, on est poli. On vous baise toute votre thune avec le sourire.

-Rendez-moi mon argent. Je voulais pas jouer cette putain de couleur!

-Désolé Monsieur, mais les règles sont strictes. Les paris sont définitivement scellés quelques temps avant l'immobilisation de la roue...

-écoute-moi bien, pédale! Tu rends mes thunes tout de suite, où je brûle tous le monde ici...

-Ecoutez Monsieur, calmez-vous... C'est pas une façon de parler...

Il ne faut jamais dire à un gars bourré de se calmer. Soit tu lui colles une droite directe pour qu'il cuve tranquillement, soit tu laisse sa porte ouverte... Et là, elle n'est plus assez grande pour laisser échapper le flot de haine et de conneries qu'elle renferme. Je suis littéralement en furie:

-Tu me pompe 1000 euros, comme ça, sans rien faire et tu veux que je me calme! Je te baise ta mère, bâtard, rend mes thunes! Je te jure, je reviens ici tout brûler!

La bouteille éclate à terre. Un silence d'église se fait pendant quelques secondes en enfer. Les cartes arrêtent de battre, la roue de tourner, les bouches de parler. Tout le monde nous entoure, nous regarde, avec ce silence de spectateur attendant la suite du film, même les joueurs de poker à coté sont venus. Bien sûr, ça ne dure que quelques secondes. Après, tout se remet en marche, le cours des choses. "Bon, ça suffit maintenant, Monsieur" Des mains m'empoignent violemment, me plaquent. Je me débats. Je crie comme un dingue, des cris viennent du plus profond de ma gorge. Mon visage gratte les bris de verre par terre. On m'immobilise. C'est l'échelon 3. La sécurité. Trois portes battantes humaines. Les dents du système. En général, ces cercles sont tenus par des ex mafieux. Ils savent comment régler ces choses. Autour, les commentaires "Putain, y en a qui savent pas gérer..."; "Encore un rebeu... Des fois je comprend les français..." Je réponds à chacun, à chaque parole, avec haine, je les traite de fils de putain, toutes ces voix. On m'embarque loin d'eux. Je ne suis pas important. Un grain de sable dans un œil bien trop grand. On me dirige rapidement vers la sortie. On me confisque ma carte, on vérifie mon identité, on me jette. On n'aime pas appeler la police pour ce genre de truc aussi, les cercles ne sont pas exemptes de reproches. J'ai le visage qui perle de sang, un peu. Après la chaleur, le froid. Hébété, je titube, je reste devant la porte battante, gardé maintenant par les trois portiers rectangulaires:

-Je vous jure, bande d'enculés de vos mères, je reviens tout brûler ici!

-Allez, dégage maintenant, reste pas là!

-Je reviens vous enterrer vivant, bandes de salopes... hein... Toi là, le grands black de mes couilles... ça te plait de faire le vigile pour ces enculés?... Ils prennent l'oseille de tes cousins de singes, et tu regarde ça?... Hein, ça te plait comme taf, fils de pute?...

Ils rigolent... Bandes de pédales... Ils savent que je suis bourré... Ils savent que demain, je m'en rappellerai plus, de ces conneries. Que je serais un autre. Ils me pardonnent déjà tout le mal que je vais faire... Je le supporte pas...

 

Les rares personnes que je croise s'écartent à ma vue. Je marche de manière branlante. Ma joue en sang. Et désormais je sais. Désormais, je vois. Une paix me traverse. La lumière d'un paradis que je ne trouverais jamais. La lumière au bout de ce tunnel. La lumière au plus profond du puits... Cette lumière ne m'atteindra jamais. Elle ne me sauvera jamais. J'ai tout joué sur le blanc. J'ai jouée toute ma vie, pour toucher cette lumière. Mais elle n'ira jamais aussi profond que là où je suis. Elle n'ira jamais aussi loin que là où je suis. Ma lumière, c'est ça. Les vitrines des sex shops, des cabines de projections privées, qui renvoient mon reflet rose et bleu, clignotant... Ma lumière... Ces photos de chattes, de fesses, de cuisses écartées dans ces vitrines... Une boucherie où la peau des choses est montrée, décortiquée. Des femmes qui lapent des sexes démesurés. Des femmes qui se font prendre par leur anus. Des femmes, cette chose dont la surface peut couvrir bien plus d'espace que ne le ferait un poignet. On se masturbe avec des femmes. Mais on est toujours seul. Profondément seul. Comme ces mecs à l'intérieur, avec des mouchoirs, et qui se branlent... Ils tirent sur leur bite à n'en plus finir... Pour arracher à ce monde un regard illuminé par la dopamine... Un regard d'extase, de plaisir, une drogue pure, pour un trip de deux secondes, voir trois... Avec cette libération fulgurante, où le monde et ce qu'il contient n'est pas plus important que la bite rouge que l'on tient entre ses mains, il recueillera son sperme en un râle libre, désordonné, profond, guttural, tirera son sexe en quelques derniers longs va et vient, pour bien en tirer tout le liquide... Il s'essuiera ensuite les mains avec un autre mouchoir. Le film, tournera encore devant lui, mais ne lui soutirera qu'un intérêt moyen. Il sera seul, lui et sa bite, devenu flasque. Profondément seul.

Là-bas, un groupe de jeunes. Ils sont cinq. Je ne sais pas ce qu'ils foutent ici, sortis d'une soirée ou d'un trafic, je sais pas. Il y a deux grands. Je m'adresse au plus costaud...

-Dis moi, excuse moi...

Il m'ont vu venir de loin et s'attendent à ce que je leur taxe une garo, ou un euro. Le gars fait sa gueule des mauvais jours et prépare déjà sa réponse négative.

-Ouais?...

-Je cherche ta mère pour l'enculer... Tu l'as pas vu par hasard?

Il est retenu par ses potes avant même qu'il m'atteigne. Il est devenu rouge de colère. Ses potes rigolent presque.

-Mais laisse-le, ce bâtard, tu vois pas qu'il est défoncé?

-Je m'en bats les couilles! Je le crève direct! C'est moi qui va te niquer ta mère, enculé de fils de pute!

-Mais c'est un chlague de merde! Tu veux retourner au ballon pour ça?

Ils le retiennent tant bien que mal, tandis qu'un autre gars vient m'écarter brutalement, en me frappant à la tête:

-Vas-y, casses toi! Restes pas ici toi...

-Me touche pas! Ta mère à toi, je l'ai déjà enculée...

Mon champ de vision s'est rétréci instantanément. La violence du coup a fait comme si le monde s'était obscurci tout d'un coup dans une nuit sourde, étouffée. J'entends les choses comme si mes yeux étaient au plus profond de leur orbite, à l'intérieur, dans ma tête: "Pourquoi t'as fait ça, merde, il est défoncé"; "T'as déconné, bordel"; "Putain, vas-y, on se casse". Le contact glacé du bitume sur ma joue. La vibration des choses, dans mon oreille collée au sol. Les pas. Les sons étouffés. Le monde vertical tourne, se penche lentement et se maintient dans une horizontalité précaire... Ma lèvre supérieure, gonflée, suppurante de sang, dont je sens le gout et le ruissellement collant sur mes dents... La rage bouillonne à l'intérieur de ma tête. C'est toute la rage de ma vie. De ma putain de vie sans la lumière. Ça en réchauffe tout ce que mon corps a en contact avec le sol. J'ai juste le temps de le saisir dans ma poche, je me relève, en appuyant avec mes mains gelés... L'un d'eux, n'importe lequel, je m'en bats les couilles. J'irais jusqu'au bout. C'est aujourd'hui qu'il faut le faire... J'entends un cri, long, irrépressible. Du sang qui après avoir fait une petite tâche: grandit, grandit, avec cette inquiétante régularité, ni trop ni pas assez, juste guidé par les lois physique des choses. De nouveau, mon monde s'étouffe. Un coup au foie m'a coupé la respiration, me fait lâcher le couteau. Sous les cris de l'autre, la rage des autres, je sens maintenant une pluie, une grêle sur mon corps. Une douleur atroce, sourde, aigue. Ça déferle de partout... L'omniprésence de l'odeur d'un sang. Un gout de sang dans le monde. J'ai juste le temps de rire, entre mes lèvres déchirées et bullant de sang. Mon corps commence à faire des bruits flasques sous les coups, mon corps craque comme un plancher... Bientôt, des vapeurs. Je me sens tomber en arrière, indéfiniment recommencé. Des points blancs qui recouvrent ce que je vois... Les voix et les bruits sont lointains, puis je n'entends plus rien. Je ne ressens plus rien. Juste l'espace cotonneux autour de moi... Juste le silence de la paix... Le silence sévère de la réalité... Le silence lent du continent de notre conscience devenant presqu'ile, puis ile. Puis un point, là, que la dernière goutte recouvrera... Cette dernière goutte, juste au dessus des choses... Celle qui recouvre tout... Je ne sais pas si c'est ça la mort... Je ne sais pas si c'est l'amour... J'aimerai aller en enfer... Je veux de la chaleur... Beaucoup de chaleur... Je veux être avec les miens... Avec ceux de la strate profonde du monde, les oubliés de Dieu, du diable, des hommes... Je veux brûler comme je n'ai pu brûler ici... Il y a toujours une frontière en nous que l'on recule... Et c'est moins grave... C'est toujours moins fort qu'on ne le pensait... J'irais jusqu'au bout de ce que m'a donné la vie... Jusqu'au bout, bien loin, bien trop loin après le terminus... Il est salement amoché... Il n'y a pas de porte, juste un bruit mat... Monsieur... Il n'y a pas de ciel... Essaye encore... Juste ces vibrations, ces forces centrifuges... Un son... Monsieur...

 

En ouvrant les yeux, la réalité me rappelle à mes douleurs corporelles insupportables...

-Calmez vous Monsieur... Calmez vous... ça va aller... On est presque arrivé...

Il a les mains rouges de mon sang. L'ambulance et ses virages ravivent mes blessures... Je ne sens plus mon coté gauche...

-Non, ne parlez pas... Vous avez la lèvre supérieure fendue... On arrive bientôt...

Je ne peux réprimer un tremblement, un sanglot désordonné... Le monde s'effondre... Pourquoi... J'y étais tellement presque... Pourquoi putain...

-ça va aller, ça va aller... qu'il croit bon de me répéter cet enculé...

Mais j'ai pas envie que ça aille... J'ai pas envie d'arriver... J'ai pas envie d'y arriver, dans ton hôpital de merde... J'ai pas envie qu'on me sauve, tu l'a pas compris... J'ai pas envie d'y rester, dans ta merde... J'ai pas envie de ta pitié... Enculé d'équilibré... C'est ton monde ça... Bandes d'enculés d'équilibrés... Ce système c'est le vôtre... Vous passez sur nous sans nous voir, alors qu'il faut juste soulever les pierres... Vous nous trouveriez là... En train de nous faire enculer... Comment tu pourrais le comprendre... Tu rentreras chez toi tout à l'heure... T'as une femme, deux gosses... Tu les accompagneras à l'école... Tu m'auras oublié... Je suis ta routine... Je suis ton heure de travail... Celui qui devait être là, quand t'étais en poste... Tu m'oublieras... Tu crois que j'ai envie d'être ça... D'être ton objet de gratification, ton objet de routine, l'un des innombrables maillons de ta reconnaissance personnelle... Sur mon putain de dos... Mais t'as vu ça où fils de putain... De nouveau la rage inextinguible, la rage sacrée de celui qu'on a torturé, en le ramenant dans cette merde... Fils de pute...

Mon bras droit est indemne, c'était celui sur lequel j'étais couché pendant la grêle de coups... Je prends un mini extincteur... ça fait un bruit mat. Ça s'est passé très vite. Il se prend le visage à deux mains, pousse des grognements sourds, où percent surprise, douleur intense, incompréhension... Déjà, du sang traverse ses deux mains jointes sur son visage et son nez. Je veux recommencer, je reprend un autre objet, on me retiens avec force... La douleur est incommensurable... Ils me pressent et me plaquent dans cette civière puante de ma sueur, de mon sang, de ma merde... Je me débats autant je peux... J'y met toutes mes forces... De ma bouche en bouillie sortent des paroles qui ne sont pour les autres qu'un long cri, un cri d'hystérie, de colère, un souffle qui fait éjecter mon sang dur sur les cotés: Tu croyais quoi!... Que c'était si facile!... Que c'était comme dans ton putain de monde!... Qu'il ne fallait que de bonnes intentions! Qu'il fallait être au bout de la chaine avec ton sourire! T'étais où avant ça! T'étais où, avant tout ça! Tu ne comprend pas!... Tu comprend pas que j'irais jusqu'au bout! Jusqu'au bout de ce que ma putain de vie m'a donné! Tu comprend pas que tant que je vivrais, ça sera ça! Que c'était aujourd'hui qu'il fallait le faire! Tu me regarde... J'irais dans ton enfer! J'irais dans les égouts de ton enfer, si tu pense qu'il n'est pas digne de moi!... J'irais dans ton néant. Dans chaque recoins de ton monde absurde, qui ne tient que parce que j'existe encore. J'irais dans cette chambre capitonnée si tu veux, mais ça sera la chambre capitonnée de ta tête! Tu es aussi lâche que les autres, sache le...

Ces paroles ne sont qu'un cri rauque, ensanglanté, que personne ne peut comprendre... Il est là, en retrait maitenant, derrière les sièges des passagers avants, les deux mains sur le visage, entouré par les autres, le visage en sang, les yeux équarquillés, vers moi... Je vois ses yeux derrière ses mains... Ce n'est pas de la colère, ce n'est pas de la haine... Ce n'est même pas de la peur... C'est une question... Oui... Physiquement, son visage est devenu une question... Il est emmuré dans son incompréhension... Et cette question, celle qui trace maintenant son visage, cette question douloureuse qui tire maintenant ses traits d'une douleur atroce, c'est celle que je me suis posé toute ma vie. Il a cru me sauver, cet enculé.

Mais il m'a sauvé de la réponse.

 

Mohamed Saïd, fait du 20 décembre 2009 au 10 janvier 2010, 00h25

Commentaires

Chers lecteurs, bonjour à tous.

J'espère tout d'abord que vous allez bien et que vous démarrez 2010 sous de bons auspices. Moi, ça va très bien, si ça peut rassurer quelques uns :)

Je me permet de vous écrire parce que depuis le mois de décembre, je m'emploie à terminer un texte qui me tient à coeur depuis longtemps et qui a occulté ces quelques jours toutes mes idées de joyeuses chroniques. Ce texte n'est pas comme tous les autres que j'ai fait jusque là; aussi, il m'a paru opportun d'avertir ceux qui ont l'habitude de me lire, qu'ils seront sans doute un peu choqués.

Ce texte est dur, très cru, long, contient des scènes de sexe et de violence très explicites. Je ne sais pas la limite entre pornographie pure et littérature. Ni entre un texte qui apporte des choses positives aux gens, et un texte qui leur fait du mal. Au début, il était hors de question que je poste ce genre de choses sur mon blog. Pas parce que je n'assume pas mes écrits, ni que j'ai honte de certaines de mes outrances textuelles. Mais parce que je me sens un rôle de ne pas cracher aux autres mes folies obscures, de ne pas alourdir leur coeur.

Pourtant, après l'avoir terminé, je suis fier de ce texte, car il me ressemble profondément et marque une évolution profonde dans ma façon d'écrire. ça ne veut pas dire que j'écrirais désormais toujours comme ça, et que mon "fond de commerce" littéraire tournera désormais sur l'outrance, loin de là, mais j'ai franchis des frontières que je me suis trop longtemps asteints, par pudeur, par volonté de ménager.

J'ai appelé ce texte "jusqu'au bout", car c'est l'histoire d'un homme désaxé qui va aller jusqu'au bout de sa folie. Mais c'est aussi mon histoire "d'écrivain", qui veut aller au bout de son écriture. ça paraitra dur et profond pour certains, choquant et gratuit pour d'autres, pas assez jusqu'au boutisme ou encore bien mièvre pour d'autres encore, selon la sensibilité de chacun.

Mais c'est un texte que je veux partager. Je le garderai posté ou pas selon les retours que j'en ai. J'espère en tout cas que les personnes qui en seront mécontents, pour une raison ou une autre, me pardonneront. Moi en tout cas, je passe à autre chose :)

Bien à vous :)



Mohamed Saïd, Paris, le dimanche 10 janvier à 2010, 14h58

Écrit par : Mohamed Saïd | 10/01/2010

Tu as intérêt à le garder…et oui c’est une menace 

Ce texte est rêche, cru certes, mais très vivant. J’ai pas envie de le commenter…j’ai juste envie d’écrire... ;)

Merci.

Écrit par : Houdac | 10/01/2010

C’est infect et dénigrant pour les Arabes… de la part d’un Arabe

Écrit par : anonyme | 10/01/2010

Houdac -> Je prend toujours au sérieux tes menaces :D Merci en tout cas ;-)

Anonyme -> Merci de ton point de vue aussi. Que ça soit infect, oui, c'est un peu l'idée de ce texte. Mais dénigrant pour les arabes, je ne pense pas. Je crois que c'est dénigrant pour les hommes, tout simplement.

Écrit par : Mohamed Saïd | 10/01/2010

C'est dur, mais je suis d'accord: avec ce texte tu fais un pas en avant dans l'écriture, et peut-être précisément là où tu le veux, en te libérant à la fois de l'image que tu espères donner de toi-même, en te libérant d'un caractère désormais accepté et en te libérant de tes lecteurs.
Ces outrances- qui parfois pourraient verser dans la facilité, car l'outrance peut êtreune issue facile- t'autorisent à changer de rythme, dans la narration comme dans le style mais pourtant tu parviens à garder cette grande qualité: tout est visuel.
Très visuel, et même, désormais, olfactif.
Donc, garde ce texte en ligne: ça dépasse de loin l'immense majorité de ce qu'on peut lire, et c'est prenant, pour nous autres de ce côté de l'écran, de pouvoir t'accompagner dans la progression de ton art.

Écrit par : leblase | 11/01/2010

Leblase -> Merci beaucoup... ça me touche. Je pense que l'écriture agit comme une sorte de tamis de notre esprit. Nous sommes des gens équilibrés, raisonnables et polis. Mais nous ne jugeons dignes d'écriture que certaines couches un peu plus profondes de ce que nous sommes vraiment, ce qui fait qu'il peut y avoir un décalage entre la personnalité quotidienne d'une personne, et son écriture.
Pour ma part, j'ai toujours ajusté ce tamis pour faire en sorte de prendre des choses intéressante de ma profondeur, sans toutefois tout laisser passer. C'est le premier texte où j'ai décidé de ne pas faire de filtre, réellement. Et c'est le premier texte où j'ai voulu faire une histoire qui puisse exploiter toutes les possibilités de cette écriture.

Écrit par : Mohamed Saïd | 11/01/2010

tbarkallah alik

Écrit par : najlae | 12/01/2010

rien qu'à l'idée de te serrer la main ça me donne la chair de poule

Écrit par : anonyme | 12/01/2010

Miasmes humés le nez récalcitrant sur ces momies que tu déballes, ces frères et sœurs mort(e)s sans avoir seulement vécu, abusé(e)s au sein même de leur rêve pourtant légitime d'ascension vers lhumanité qu'on leur avait promis, j'ai lu et, quoi que ce qui me semble être mon éducation en ce qu'elle ne te ressemble pas, je réagis à cette élévation vers le bas si chère à Kb pour te dire, frère, que tu consommes sans vaine modération l'Art de nous toucher là où le bât blesse.
Peut être qu'à force de remuer la lame à la force du poignet, ta plume a viré au glaive et ta verve abdique ce venin facile qui colle aux médiocres comme une seconde peau.
Si tu mues, meurs tu ou nais-tu les cheveux aux vents d'un souffle que rien, pas même la lamentable vérité qu'on nous martèle, ne saurait tarir ?

Écrit par : Yugurta | 12/01/2010

Najlae -> Merci ma belle :)

Anonyme -> Je fais souvent ça à mes fans :D
Nan plus sérieusement, ce n'est pas parce qu'on sait des choses, qu'on les écrit, qu'on les vit réellement ou que l'on est ce que l'on raconte. Cette histoire est une fiction inspirée de faits réels, ces toilettes existent réellement, je connais un mec (arabe, oui) qui se prostituait pour payer ses doses, je connais la faune des hopitaux psychiatriques, pour toutes les visites que j'ai fait là-bas (en tant que visiteur), les soirées dans les cercles de jeux, ces personnes camées qui vous supplient de leur donner un truc à manger à la sortie, place Clichy.
J'ai voulu, avec ma sensibilité, me mettre à la place de ces personnes. Et surtout, exacerber tout mon potentiel de fou en devenir. Je trouve ça dur, infect, dégueulasse même, mais noble. C'est pour ça que je suis fier de ce texte.

Yugurta -> Merci aussi :) Ta capacité oratoire m'impressionne à chaque fois :D
Je ne mue pas cher ami. Je deviens ce que je suis.

Écrit par : Mohamed Saïd | 12/01/2010

pouah !

Écrit par : Moh | 12/01/2010

L'anonyme => Et si tu commençais par assumer qui tu étais ? C'te syndrome d'la persécution, c'pas possible...

MSM => J'ai envie de gerber. Objectif atteint !! Tu peux aller te coucher tranquille ^^
Nan j'déconne. En fait même pas. C'est fort. Sale. Gerbant. Exactement comme ça devrait l'être, les mots sont justes, à leur place, durs mais pas non plus au point de faire de l'ombre au sentiment de pitié qui entoure le personnage.

Évidemment, je ne préfère même pas savoir comment tu as acquis tous ces détails, ces descriptions d'une rare précision ^^

Écrit par : M. | 14/01/2010

M. -> Ben en parlant d'assumer qui ils sont, y en a qui sont pas mieux :D
Ben ça me fait plaisir :) Pour ce qui est des détails de cette histoire, je suis bien entouré en cas sociaux, t'inquiètes :D

Écrit par : Mohamed Saïd | 15/01/2010

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