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14/12/2009

Les Experts "Tanger"

Depuis quelques temps, les séries américaines envahissent les écrans du monde entier, et non sans raison d'ailleurs, puisque la qualité de leurs images, de leur réalisation et leurs scénarios diaboliquement efficaces n'ont rien à envier aux grands films.

Lost, Prison Break, The wire, The shield, Desesperate housewises, Nip Tuc, Sex and the city, Les experts Miami, New York, Las Vegas, et bien d'autres... Tous ont en commun une documentation rigoureuse, une psychologique des personnages variée, nuancée, ambivalente, à échelle humaine; et une intrigue prenante.

À Maroc Land, on n'est pas en reste puisque de nombreuses séries de qualité, s'inspirant de leurs consoeurs anglo-saxonnes, existent, pour le plus grand plaisir des téléspectateurs. C'est le cas de la série policière "Les experts Tanger".

L'épisode s'ouvre sur la vue de la mer et de la baie. Zoom sur la Plage municipale. Des policiers. Des gyrophares verts et rouges. Bruits de talkie-walkie. Des curieux qu'on écarte. Un cordon de sécurité...

Fendant la foule en deux et franchissant le périmètre d'un pas décidé, les experts de la police scientifique s'avancent.

-Où est le corps?

Le policier les guide vers les lieux:

-On l'a trouvé comme ça ce matin... Allongé dans le sable... A demi nu sur le ventre... Il est comme on l'a découvert, on a touché à rien...

Ahmed détourne le regard. C'est son premier cadavre. Mohcine, lui, se penche:

-Pas de traces de coups, pas de sang... Mais il y a quand même des rougeurs sur la peau...

-Une strangulation, une noyade volontaire ou un étouffement...

-ça ne fait pas de doute même, mais on verra ça  à l'autopsie... Par contre, c'est étrange ces marques...

-Un cérémonial démoniaque pour marquer la toute puissance de l'assassin?...

-En tout cas, il lui a sciemment tourné le visage vers le sable...

-Culpabilité... Il ne voulait pas que la victime le regarde...

-Il éprouve donc encore du remord...

-Oui. Mais c'est plus fort que lui. Il envoie un message... Que l'on peut traduire par "Arrêtez moi, je vous en supplie. Arrêtez moi"...

-Il ne s'arrêtera pas malheureusement, si on ne l'en empêche pas... Je vais prendre un échantillon de la victime... Toi, Ahmed, commence à ramasser du sable autour du corps, on va voir s'il n'y a pas de traces adn...

-Pardon... Excusez moi, mais... Vous faîtes quoi là?

-Oh putain! Le cadavre parle!

-Non, mais, je... je suis pas un cadavre... je bronzais, c'est tout... et heu... c'est possible de lâcher la peau de mon dos avec cette pince?

-Oh, bien sûr, autant pour nous!...

-Bon, encore un épisode de foiré les gars, rangez le matos!...

 

Bien sûr, il arrive que l'équipe tombe sur un vrai cadavre (si, si, ça peut arriver), permettant alors à l'intrigue de se nouer et se dénouer avec l'implacable efficacité d'une horlogerie bien huilée comme une poêle où l'on ferait frire des steaks gras:

Zone industrielle, à une heure avancée de la nuit. Les gyrophares verts et rouges clignotent sur les murs. Les policiers qui repoussent les quelques curieux attroupés, les experts en balistique accroupis à la recherche de douilles, quatre nains de jardin qui font du houlahoup avec des cerceaux roses sur "Dirty Dancin", le cordon de sécurité qui vibre au vent (il y a un intrus dans la liste ci avant.). Les experts arrivent enfin. Le policier les accompagne vers les lieux:

-C'est là bas, près du mur... C'est pas beau à voir...

-Putain... Mais pourquoi l'assassin a aplati la victime en lui jetant des ordures, et en lui plantant des feux rouges dans le fondement? C'est ignoble...

-Non, ça c'est le trottoir, ducon. Le cadavre, c'est à coté.

-Apparemment c'est une femme. Il y a du sang... Arme blanche, sans doute.

-Elle a une drôle de position...

-La position de la victime n'est jamais anodine... C'est la signature du meurtrier...

-Toi, l'expert en profiling, t'en pense quoi?

-Pas de doute. C'est un maniaque froid et raisonné... La posture où il a laissé la victime traduit un fantasme de domination absolu. Il veut jouir de sa victime intégralement, en faisant d'elle un pur objet sexuel, à la fois intellectualisé et chosifié. En lui apposant un {censure}dans le{censure}, on voit bien qu'il marque son territoire et il le fait de manière remarquable... Y a pas à dire... Il sait y faire... Oh oui... Oh mon salaud! Oh que c'est bon!...

-Calme toi, Zoubir... calme toi... Y a du monde...

-Chef, regardez. J'ai trouvé un sachet de friandise...

-Et moi un sac plastique vide qui s'envolait, et aussi un paquet de cigarettes vide, et là, une boite de savon en poudre, vide aussi...

-Arrêtez de fouiller dans cette poubelle bordel! Et concentrez vous sur le cadavre!

 

Lorsqu'on apporte le corps dans la morgue du laboratoire de la police scientifique, le professeur Khalid, chef de l'équipe, s'occupe de l'autopsie, avec le docteur Souad, piquante chimiste expérimentée à qui on ne la fait pas. Bien sûr, comme toutes les séries, il y a toujours une émulation amoureuse non avouée entre ces deux collègues de la brigade. Elle regarde, avec une moue de dégoût, le cadavre mutilé que découpe délicatement le professeur.

-Quelle personne faut-il être, quelle morale faut-il avoir pour faire une chose pareille...

-"Ce qui est moral est ce que l'on trouve bon après. Ce qui est immoral est ce que l'on trouve mauvais après." C'est très relatif, l'horreur...

-Ellis?

-Hemingway.

-"Le beau est pourtant le symbole du bien moral"...

-Kant.

-Oui... Et là, vous savez quoi? Vous me faîtes penser à cette phrase..."Les lumières se rallumèrent, et elle croisa le regard légèrement rêveur de Duardo."

-Borges?

-Non. Hélène Bianchin. "La revanche d'un milliardaire". Editions Arlequins...

-Vous m'impressionnez.

-Et vous, vous me décevez un peu mon cher...

Et elle s'en va, mutine, sa robe noire épousant parfaitement un corps parfait, cette robe que soupèse le regard expert et ténébreux du professeur Khalid dont la musculature racée, trop à l'étroit dans sa blouse blanche, laisse échapper un râle muet devant le spectacle mouvant de l'échancrure du dos de mademoiselle Meansword, et de sa croupe rebondie... (Oh! Désolé, je me croyais encore dans l'arlequin!)

 Mais dans la série, il y a aussi de l'action, et l'agitation ne tarde pas à gagner le labo:

-Chef, chef, j'ai le résultat de l'analyse que vous m'avez demandé.

-Très bien... ça donne quoi?

-Et bien en irisant le fil de laine que l'on a trouvé sur le corps de la victime avec du sulfate d'ammonium, et en la trempant dans une solution de sulfate de souffre, on obtient un précipité bleu... Ce qui veut dire que...

-Mmh... Oui... Qu'avant le drame, la victime était debout sur la table, en train de danser une polka de tous les diables...

-Oui. Et accrochez vous bien. Il y a une sorte de corolle violette qui entoure le précipité que l'on a obtenu... Vous savez ce que ça veut dire, n'est-ce pas...

- ça alors... C'était sur de la salsa? Mais ça n'a pas de sens...

-Les résultats du spectromètre ne sont pas plus probants... Elle a pris des céréales qu'elle a trempées dans du lait tiède et joué au démineur sur son ordinateur pendant 35 minutes...

-Il faut creuser dans cette direction... Faites les archives de toutes les parties de démineurs jouées au cours des 5 dernières années.

 -Chef, chef!

-Oui, Nasser?

-En brûlant le papier que l'on a trouvé sur les lieux du crime, avec le réchaud du laboratoire, vous ne devinerez jamais...

-Quoi donc?

-On obtient de la cendre.

-ça alors... Bien joué, Nasser. On sait maintenant que de la matière brûlée produit du carbone, et pas des pêches melba. Ça écarte déjà beaucoup de pistes.

 Réunion de crise au labo:

-Si on échafaude le scénario du drame, au regard des éléments que nous avons, on peut dire qu'à 22h, alors que Fdila (c'est le prénom de la victime), était sur sa table en train de danser frénétiquement du folklore russe...

-Sur du Bueno Vista Club, donc...

-Elle ne voit pas arriver le psychopathe, qui, supportant sans doute mal ce cirque ridicule, a le bon goût de... heu... a la cruauté abjecte de la poignarder sauvagement...

-Il fouille ensuite dans son armoire, et prend un malin plaisir à porter le petit haut Zara qu'il voit dans la penderie, il enfile les collants roses qu'il trouve dans le bac à sous-vêtements, puis il se caresse les tétons... Et là, oh... Mmh... Oh oui...

-Zoubir... T'es vraiment qu'un grand dégueulasse...

- On reprend. Il transporte donc ensuite le corps jusqu'au coffre de sa voiture, et il la jette dans la zone industrielle.

-Comme une poupée de chiffon.

-Comme un paquet de chips usagé.

-Comme un magnétoscope qui n'arrête pas d'avaler les bandes des cassettes vidéo.

-Ahmed, une suggestion?

-Non, pas mieux.

 

 Bien sûr, comme dans toutes les séries policières qui se respectent, tout est bien qui finit bien, grâce à la vérité de la science et au travail sans relâche des experts. Mais bon, comme on est au Maroc, y a quelques variantes dans le dénouement...

-Ça y est, chef, je sais enfin qui est le coupable: j'ai trouvé un adn différent de celui de la victime sur le couteau...

-Parfait. Et qu'est-ce que ça donne?

-J'ai consulté le fichier Criminel... L'adn correspond bien à quelqu'un qu'on a déjà dans la base.

-Fantastique! Bien joué Anouar! Donne nous vite le nom, qu'on l'alpague!

-Oui, bien sûr... Mais j'ai un peu la mémoire qui flanche tout d'un coup...

-Comment ça?!

-Oh, rien de bien méchant... ça pourrait même me revenir facilement...

-Oh l'enfoiré! Bon ok... 200 dirhams.

-Mmh... Non, toujours rien. Ça veut vraiment pas venir dis donc.

-500, c'est ma dernière offre...

-Ah, oui, ça y est... L'assassin s'appelle... Oui, il s'appelle Mohamed...

-Bon, je te rajoute 500 et tu vas me le dire son putain de nom, bordel?!

 

Grâce à la pugnacité de toute une équipe et à l'argent, ce crime qui paraissait insoluble, trouve enfin sa solution.

-Normalement, on devrait sans trop de mal tenir 10 saisons avec ce genre de conneries... fit le professeur Khalid, tout en rentrant sa main dans le thorax ouvert d'un cadavre frigorifié.

-Sauf cas de déluge, dit de manière mutine, la plantureuse Docteur Souad qui passait par là...

-"Le déluge n'a pas réussi; il est resté un homme..." répliqua posément le Professeur, en lui posant un regard de velours.

-Henri Becque... fit-elle. Et elle s'éloigna, attendant de se retourner complètement pour sourire... (Putain, faut vraiment que j'arrête de lire des arlequins, même par curiosité...)

 

Mohamed Saïd (l'assassin), Paris. décembre 2009.

Commentaires

Tu as mis beaucoup de toi dans Zoubir non ? d:-)

Écrit par : Cristophe | 15/12/2009

Cristophe -> Figure toi que tu n'es pas la première personne à m'en faire la remarque :-p
Disons que j'ai mis beaucoup de moi dans tous les personnages :-p

Écrit par : Mohamed Saïd | 15/12/2009

sympa de m'avoir donné le rôle du chef :))))

Écrit par : kb | 17/12/2009

Kb -> Tu as eu chaud, j'ai faillis te donner celui de Zoubir :D

Écrit par : Mohamed Saïd | 17/12/2009

Les commentaires sont fermés.