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30/11/2008

Oued.

Etrange comme chez moi, la joie cotoie la tristesse. L'espérence, la réalité. La foule, la solitude. Je disais un jour, on a tous un oued dans notre coeur. Mon oued à moi est en trop forte pente. Rien de ce que je peux construire dans cette vallée ne peut résister à la force de cet oued, quand l'orage vient à crever. Tout est toujours à refaire. Et je suis fatigué de reconstruire. Fatigué de cet oued, qui balaie tous mes rêves, même mes plus infimes espérences, mes plus minimes aspirations.

Comme les cultivateurs de kif de ma vallée, qui ont défrichés toutes les forêts, qui n'ont laissé aucuns pans de résistances à leur culture démoniaque, j'ai lissé la surface de mes peurs pour atteindre la perfection. Et le bonheur se déverse à la perfection lorsqu'il vient à s'écouler. Le malheur se déverse à la perfection lorsqu'il vient à déferler. La perfection du passage des sentiments, des peurs, des cauchemars, sur ce sol lisse, pentu, unanime. Dévaste ce que j'ai construit. Dévaste ce que je suis, et creuse d'autres chemins sur cette vallée, emporte les derniers verger. Les dernières pierres.

On a tous l'oued qu'on mérite. Certains l'aménage en y construisant des barrages. Je le laisse nu, parce que le factice m'insupporte autant qu'il me fait envie. Je le laisse nu car j'aime la force brute de ce torrent qui crée le chaos où il passe. Après son passage, il me laisse la seule fierté que j'ai dans ce monde. Reconstruire.

 

Mohamed Saïd, fait à Paris, le 30 novembre 2008.

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