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08/11/2008

Place de la Comédie. 20h20.

Place de la Comédie. 20h20. Montpellier.

Je commence à bien connaître cette ville. Du moins, je commence à bien connaître la Place de la Comédie. J'y prend un café. Et je regarde. C'est vendredi soir.
De la musique, tambourinements africains, en toile de fond sonore, des gens qui font "ooh" quand les tambours s'arrêtent, et "aah" quand ils reprennent de plus belle. Un manège, tout en lumière, qui tourne, un peu à ma droite. Les tramways qui s'entrecroisent, les gens.

Une chaise vide à coté de moi. J'essaie égoïstement d'y matérialiser quelqu'un, avec qui je parlerais.
Un halo de solitude s'est formé autour de moi. Tous les gens attablés à ma proximité immédiate sont partis. C'est vrai qu'ils étaient en partance mais c'est comme si j'avais précipité leur départ. Moi, pardessus noir. Un espion des années 40. Avec mon caddie noir. Je ne m'inscris pas dans l'ambiance, je départis dans l'ambiance colorée. Avec mon état d'esprit aussi.

J'observe. Trois jeunes dragueurs, attablés, se tournent et discutent avec une femme d'un âge quarantaineux dont je ne vois que les cheveux teintés en mauve. Des groupes qui rigolent. Un couple de jeunes amoureux qui se tient la main, assis côte à côte. Le gars, littéralement couché sur sa chaise.
C'est sûr, avec sa meuf, pas de remise en question. c'est dans la poche.
C'est bien...

Un groupe de trois jeunes femmes, étudiantes sans doute, à quelque tables. Celle, mon vis à vis, petite blonde jolie, m'a longuement regardé m'installer. J'ai baissé les yeux. Regardé ailleurs. On appelle ça foirer son entrée. Je suis de toute façon pas très beau. Regard quelconque. Visage quelconque. Un visage neutre, qui accroche pas. Je l'assume.

En face, le café des Trois Grâces. A coté, le Piazza Papa. Il y a là, sous mes yeux, toutes les disponibilités des relations humaines. Il n'y a qu'un gars neutre comme moi pour décortiquer tout ça. Les blagues, les rires, les discutions.
Décidément, c'est bien vrai. C'est bien en étant à la marge que l'on est au coeur des choses. Au coeur du fonctionnement des choses. Parmi les rouages, parmi les cordes.
Mais on ne change pas le monde parmi les cordes. On ne change pas le monde en étant à la salle des machines, parmi ce fer, ces boulons, cette sueur. C'est en étant à la salle de contrôle de ce navire, au prolongement direct de cette tige, que l'on peut avoir cet espoir.

En étant à la soute, alors que les gens voyagent tranquillement à bord de la Vie, je n'ai rien appris, je n'ai rien contrôlé. Il ne suffit pas de savoir, de connaître, comment marche la machine de l'intérieur si on a pas la possibilité de diriger. Si d'autres, avant nous, la dirige pour nous.
La vie est une sorte de Titanic en qui tant de gens ont confiance. Plus on avance dans le temps, plus on en fait un bateau trop lourd à diriger, un bateau qui commence à obéir à sa propre logique, à sa propre inertie. Les décisions de la salle de contrôle doivent anticiper cette inertie, qui ira grandissante au fur et à meure que le monde se complexifiera, que les personnes, les groupes, se diviseront en individualités de plus en plus difficiles à fédérer. Nous vivons à l'ère de l'Inertie de ces résistances, ou de ces complaisances, la somme des milliards de cordes sur cette terre...

Ces gens autour de moi, sont peut-être tirés par des fils, animés par des cordes qu'ils ne soupçonnent même pas. Cette terrasse de café dans la quelle je suis assis, et dans laquelle j'écris ceci, est saturée de cordes, de fils tendus des mécanismes qui les font agir comme ils agissent. Et moi. Cordes cassées. J'attend. Je regarde. La vie passer.

Mohamed Saïd. Fait à Montpellier, le 7 novembre 2008, à 20h35

Commentaires

Une chaise vide à coté de moi. J'essaie égoïstement d'y matérialiser quelqu'un, avec qui je parlerais.

=> Tiens.... Je pensais être la seule à faire des trucs dans le genre... (le RER, le métro, un banc d'amphi, une chaise vide au taff,...)

Un halo de solitude s'est formé autour de moi. Tous les gens attablés à ma proximité immédiate sont partis. C'est vrai qu'ils étaient en partance mais c'est comme si j'avais précipité leur départ.

=> Ne te mens pas à toi-même... Tu précipite leur départ.



Plus sérieusement... Ce texte me parle. Tellement. Les cordes se réparent-elles un jour ? Dois-je attendre que d'autres viennent prendre leurs places ? Viendront-elles ? En faut-il ?

Qu'est-ce que tu fais à Montpellier ?

Écrit par : ... | 17/11/2008

... -> Mais tu pose beaucoup de questions ma parole :-p
(excuse moi, c'est la seule connerie que je peux articuler d'intelligible pour le moment ;)

Écrit par : Mohamed Saïd | 30/11/2008

Les commentaires sont fermés.