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14/08/2008

Martil coté cour

-T'es jamais passé par l'oued? Viens, on va changer de chemin pour une fois...

-Ok.

Des tas de briques cassées, du ciment, des plaques de plâtre que l'on verse sur la rive... Nous passons tous les trois au milieu de la grande brocante qui se tient sur les berges du Martil. La rivière fait comme une masse sombre et calme dans l'obscurité. La nuit est entamée depuis longtemps. La lumière jaune des lampes mouille faiblement l'attroupement des marchandises et des personnes.

A même la terre, sur des bâches ou sur des tables de fortunes: Des vêtements usées, des chaussures d'occasion, des cartables, de la féraille, des lavabos brisés... Au fur et à mesure de notre marche, la foule devient moins dense. Jusqu'à ce que l'endroit soit désert. La boue. Des flaques d'eau qu'il faut éviter dans le noir le plus complet. Nous longeons un mur qui borde l'oued Martil jusqu'à son embouchure.

Puis nous voilà sur la plage. La lune se reflète en strie sur l'immense masse noire de la mer. Dans l'obscurité la plus totale, nos pieds s'enfoncent dans le sable froid. Le mugissement de la mer. L'explosion des vagues.

Nous avançons sur le sable pour rejoindre au loin la Corniche dont les lumières et les murmures nous parviennent d'ici. En journée, les estivants sont rare dans cette partie de la plage. Le fleuve qui y prend son embouchure charrie toutes les merdes possibles ramassé depuis les égouts de Tétouan.

La nuit, pas une âme qui vive. Tous les trois, nous discutons sous le vent. L'air froid nous glace le front. Le contact doux du sable sur la plante de nos pied. Quelques rares cailloux. Puis soudain...

Un grognement. Un deuxième.

Cinq bergers allemands foncent vers nous en abboyant rageusement. Ils sont bientôt rejoint par une dizaine d'autres qui grognent vers nous. Dans l'obscurité, ils font comme des taches grises qui nous entourent. Tout va très vite. L'un des chiens attaque. Mon cousin prend une poignée de sable. Mon autre cousin l'arrête. Il fait un pas brusque devant le chien qui recule.

"Personne fuit, sinon c'est foutu..." 

Notre mouvement vers le chien a excité les autres qui reviennent à la charge encore plus rageur... Une vingtaine de bergers allemands nous entourent. Chacun essaie de ne pas reculer face aux attaques. Nous continuons notre marche, comme si le vacarme des grognements ne nous affectait pas, comme si la situation cauchemardesque dans laquelle nous nous étions fourrée n'existait pas. Lorqu'un chien s'approche pour mordre, nous avancons vers lui avec la même conviction... 

Cette lutte dure bien cinq bonnes minutes. Puis les chiens se désintéressent soudain de nous. Ils reculent puis s'amusent à se poursuivre entre eux sur la plage. Une farandole incroyable s'organise, avec nous pour centre... Le halètement des chiens qui courent, qui nous frôlent. Bientôt, lorsque nous arrivons vers les premiers abords des premières maisons de vacances, ils ont totalement disparus. A la hauteur du début de la Promenade de Martil, nous quittons la plage puis nous nous fondons de nouveau dans les lumières de la petite ville de vacances: La clameur de la foule, la musique qui sortent des cafés, des salles de jeux, des voitures. La foule immense qui se pressent, les filles bronzées, les Bmws, la frime, les rires éclatés, la drague. C'est l'été. Comme d'habitude, la Corniche de Martil est bondée. Il est 21 heures.   

 

Mohamed Saïd, fait à Paris le 28 février 2006 à 16h04

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